Une équipe de recherche algérienne a décidé de relever un défi scientifique ambitieux : explorer les souches locales de probiotiques présentes dans les aliments traditionnels algériens.
Les chercheurs sont parvenus à isoler certaines souches présentant des propriétés prometteuses, susceptibles d’ouvrir de nouvelles perspectives dans l’industrie des aliments fonctionnels.
Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Biocatalysis and Agricultural Biotechnology.
Les bactéries bénéfiques, ou probiotiques, vivent naturellement dans le corps humain, notamment dans l’intestin, et peuvent aussi provenir de certains aliments. Elles jouent un rôle essentiel dans le maintien de l’équilibre du microbiote intestinal et dans le soutien du système immunitaire.
Bien que les bactéries soient souvent associées aux maladies, les probiotiques contribuent à améliorer la digestion, à prévenir les infections, et même à influencer positivement la santé mentale grâce à ce que l’on appelle l’axe intestin-cerveau.
Les souches de probiotiques sont largement utilisées dans les industries alimentaire et médicale. Elles sont ajoutées à des produits tels que le lait fermenté, le yaourt ou les boissons santé, et sont également employées dans le traitement des troubles intestinaux et des inflammations.
Avec la montée en puissance des solutions naturelles à l’échelle mondiale, ces micro-organismes sont devenus un axe central de la recherche en nutrition et en pharmacologie.
Le Dr Ben Bouziane Bouaçria, professeur au Laboratoire de Bioéconomie, Sécurité Alimentaire et Santé de l’Université Abdelhamid Ibn Badis, explique que durant ses études en France, il a observé deux grandes tendances dans la recherche sur les probiotiques :
la première repose sur des souches génétiquement modifiées, conçues pour présenter des caractéristiques spécifiques comme la résistance à l’acidité
mais cette approche se heurte à d’importantes contraintes légales et éthiques en Europe —, tandis que la seconde privilégie la recherche de souches naturelles possédant des propriétés bénéfiques sans intervention génétique.
Cependant, l’Europe dispose déjà de vastes banques de souches répertoriées, ce qui rend la découverte de nouvelles variétés extrêmement rare.
C’est pourquoi le Dr Bouaçria a décidé de revenir en Algérie pour explorer les souches indigènes présentes dans les produits traditionnels, encore peu étudiés, dans l’espoir de trouver des types nouveaux à haute valeur sanitaire et industrielle.
Du “beurre” au laboratoire
L’équipe a commencé par collecter des échantillons de beurre traditionnel et de blé fermenté connu localement sous le nom de “hamoum” ou “keskes mezit”, puis les a analysés en laboratoire.
Les chercheurs ont utilisé des techniques de culture bactérienne pour isoler les micro-organismes, avant de soumettre les souches obtenues à une identification génétique précise grâce à la PCR et au séquençage du gène 16S rRNA.
La PCR permet d’amplifier des fragments spécifiques d’ADN, offrant aux scientifiques une vision détaillée du code génétique, tandis que le séquençage du gène 16S rRNA permet de comparer les souches à des bases de données mondiales afin de déterminer si elles sont déjà connues ou entièrement nouvelles.
Résultats : 12 souches prometteuses
Selon le Dr Bouaçria, l’équipe a réussi à isoler 12 souches bactériennes issues du beurre et du blé fermenté, appartenant à trois genres principaux de bactéries lactiques :
Lactiplantibacillus plantarum
Lacticaseibacillus paracasei
Levilactobacillus brevis
Bien que ces espèces soient connues à l’échelle mondiale, les souches algériennes identifiées sont inédites au niveau local, car elles n’avaient jamais été isolées auparavant à partir de produits traditionnels algériens.
Elles présentent en outre des propriétés distinctives : plantarum et paracasei se développent efficacement en présence de glucose et de lactose, les rendant adaptées à l’industrie agroalimentaire, tandis que brevis montre une excellente tolérance à l’acidité et à la salinité.
Lors de tests simulant les conditions du tube digestif, la majorité des souches ont survécu à plus de 90 % après exposition aux acides biliaires.
Les analyses ont également confirmé leur innocuité, sans aucune trace de toxicité ni de résistance indésirable aux antibiotiques.
Défis et perspectives
Malgré ces résultats prometteurs, la transformation de ces souches en produits commercialisables demeure un défi. Le principal obstacle réside dans la préservation de leur viabilité et de leur stabilité pendant la production et le stockage, les probiotiques étant très sensibles à la chaleur et à l’oxygène.
Des techniques comme l’encapsulation microscopique sont utilisées pour les protéger, mais elles restent coûteuses et doivent être compatibles avec les caractéristiques sensorielles du produit final.
Le Dr Bouaçria souligne également le manque d’entreprises nationales spécialisées dans la production de cultures industrielles de fermentation en Algérie, appelant à la création d’une banque nationale des souches microbiennes pour préserver ce patrimoine génétique et le valoriser dans la recherche scientifique et les biotechnologies.
Selon lui, un tel projet permettrait à l’Algérie de réduire sa dépendance vis-à-vis des grandes entreprises étrangères qui dominent le marché mondial des probiotiques — telles que DSM (Pays-Bas), Christian Hansen et Danisco (Danemark) —, lesquelles détiennent des milliers de souches et contrôlent la majeure partie de la production commerciale mondiale.
Les souches de probiotiques sont largement utilisées dans les industries alimentaire et médicale. Elles sont ajoutées à des produits tels que le lait fermenté, le yaourt ou les boissons santé, et sont également employées dans le traitement des troubles intestinaux et des inflammations.
Avec la montée en puissance des solutions naturelles à l’échelle mondiale, ces micro-organismes sont devenus un axe central de la recherche en nutrition et en pharmacologie.
Le Dr Ben Bouziane Bouaçria, professeur au Laboratoire de Bioéconomie, Sécurité Alimentaire et Santé de l’Université Abdelhamid Ibn Badis, explique que durant ses études en France, il a observé deux grandes tendances dans la recherche sur les probiotiques :
la première repose sur des souches génétiquement modifiées, conçues pour présenter des caractéristiques spécifiques comme la résistance à l’acidité
mais cette approche se heurte à d’importantes contraintes légales et éthiques en Europe —, tandis que la seconde privilégie la recherche de souches naturelles possédant des propriétés bénéfiques sans intervention génétique.
Cependant, l’Europe dispose déjà de vastes banques de souches répertoriées, ce qui rend la découverte de nouvelles variétés extrêmement rare.
C’est pourquoi le Dr Bouaçria a décidé de revenir en Algérie pour explorer les souches indigènes présentes dans les produits traditionnels, encore peu étudiés, dans l’espoir de trouver des types nouveaux à haute valeur sanitaire et industrielle.
Du “beurre” au laboratoire
L’équipe a commencé par collecter des échantillons de beurre traditionnel et de blé fermenté connu localement sous le nom de “hamoum” ou “keskes mezit”, puis les a analysés en laboratoire.
Les chercheurs ont utilisé des techniques de culture bactérienne pour isoler les micro-organismes, avant de soumettre les souches obtenues à une identification génétique précise grâce à la PCR et au séquençage du gène 16S rRNA.
La PCR permet d’amplifier des fragments spécifiques d’ADN, offrant aux scientifiques une vision détaillée du code génétique, tandis que le séquençage du gène 16S rRNA permet de comparer les souches à des bases de données mondiales afin de déterminer si elles sont déjà connues ou entièrement nouvelles.
Résultats : 12 souches prometteuses
Selon le Dr Bouaçria, l’équipe a réussi à isoler 12 souches bactériennes issues du beurre et du blé fermenté, appartenant à trois genres principaux de bactéries lactiques :
Lactiplantibacillus plantarum
Lacticaseibacillus paracasei
Levilactobacillus brevis
Bien que ces espèces soient connues à l’échelle mondiale, les souches algériennes identifiées sont inédites au niveau local, car elles n’avaient jamais été isolées auparavant à partir de produits traditionnels algériens.
Elles présentent en outre des propriétés distinctives : plantarum et paracasei se développent efficacement en présence de glucose et de lactose, les rendant adaptées à l’industrie agroalimentaire, tandis que brevis montre une excellente tolérance à l’acidité et à la salinité.
Lors de tests simulant les conditions du tube digestif, la majorité des souches ont survécu à plus de 90 % après exposition aux acides biliaires.
Les analyses ont également confirmé leur innocuité, sans aucune trace de toxicité ni de résistance indésirable aux antibiotiques.
Défis et perspectives
Malgré ces résultats prometteurs, la transformation de ces souches en produits commercialisables demeure un défi. Le principal obstacle réside dans la préservation de leur viabilité et de leur stabilité pendant la production et le stockage, les probiotiques étant très sensibles à la chaleur et à l’oxygène.
Des techniques comme l’encapsulation microscopique sont utilisées pour les protéger, mais elles restent coûteuses et doivent être compatibles avec les caractéristiques sensorielles du produit final.
Le Dr Bouaçria souligne également le manque d’entreprises nationales spécialisées dans la production de cultures industrielles de fermentation en Algérie, appelant à la création d’une banque nationale des souches microbiennes pour préserver ce patrimoine génétique et le valoriser dans la recherche scientifique et les biotechnologies.
Selon lui, un tel projet permettrait à l’Algérie de réduire sa dépendance vis-à-vis des grandes entreprises étrangères qui dominent le marché mondial des probiotiques — telles que DSM (Pays-Bas), Christian Hansen et Danisco (Danemark) —, lesquelles détiennent des milliers de souches et contrôlent la majeure partie de la production commerciale mondiale.



























