La bataille de l’Oued Fodda (Chlef), un autre refus de la présence française en Algérie

CHLEF – La bataille de l’Oued Fodda (Zebabdja), survenue le 8 septembre 1960 dans la banlieue de la commune de l’Oued Fodda (Est de Chlef), relevant à l’époque de la 3ème région de la wilaya IV historique, s’inscrit en droite ligne des victoires des moudjahidine sur le colonisateur et de leur net refus de la présence française en Algérie, affirment un chercheur en histoire et des moudjahidine.

Cette bataille, ayant infligé de lourdes pertes aux forces armées françaises, a attesté du haut niveau de coordination entre l’Armée et le Front de libération nationale (FLN) durant la glorieuse guerre de libération nationale, pour une Algérie libre et indépendante, totalement à l’opposé de l’idée de « l’Algérie française » véhiculée par la France coloniale de l’époque, a affirmé le moudjahid Djelloul Mellal dans son témoignage livré à l’APS à la veille de la commémoration du 1er Novembre.

Connu sous le pseudonyme de Si L’Hocine, Djelloul Mellal, qui fut membre de l’ALN dans la troisième région de la wilaya historique IV, a relevé que deux moudjahidine, un tombé dans une embuscade dans la région de « Berahlia, et l’autre capturé, étaient à l’origine de cette bataille.

Le responsable politique de la région, Mohamed Ben Chenouf chargea alors le moudjahid Djelloul Mellal et deux autres de ses compagnons de transmettre un message écrit urgent au commandant de la région, le capitaine Si Belaid, pour l’informer de cet incident.

Immédiatement après la réception du message, le commandant Si Belaid, accompagné de Si Rachid, s’attelèrent à échafauder un plan pour attaquer l’ennemi, mais ils ont reçu l’ordre de « rester vigilants et de garder leurs positions jusqu’au lendemain soir ».

Le lendemain matin, des unités françaises entamèrent le ratissage de la région qui abritait des commandants et moudjahidine de la 3éme zone. Si Belaid et Si Rachid ont alors pris les devants, en lançant trois bombes sur les camions ennemis, annonçant ainsi le début de cette bataille mémorable, comme qualifiée par Si Lhocine.

L’affrontement entre les deux parties a duré une demi-heure et s’est soldé, dans un premier temps, par la mort de 39 soldats français. Les forces ennemies firent appel aux hélicoptères qui lâchèrent leurs bombes incendiaires sur les hameaux voisins des lieux de la bataille, sans pour autant entamer le courage et la détermination des moudjahidine, qui gardèrent leurs positions jusqu’à la victoire finale, a-t-il affirmé.

La bataille se solda par la mort de 75 militaires français, contre neuf(9) soldats de l’ALN tombés au champ d’honneur.

 

== Ruse et ingéniosité au combat ==

 

Le professeur et chercheur en histoire, Mohamed Azza, estime que la bataille de Zebabdja a consacré la « victoire de l’Armée de libération nationale (ALN) sur la France coloniale dans la wilaya historique IV, et un énième déni de la présence française en Algérie ».

« Elle est intervenue à un moment où l’administration coloniale tentait de convaincre l’opinion mondiale de l’idée de l’Algérie française, et une visite du Président français était prévue dans les villes à forte présence de colons convaincus de l’idée de l’Algérie française », a-t-il ajouté.

La ville de l’Oued Fodda, qui comptait de nombreux colons, était inscrite sur l’agenda de cette visite. « Un fait ayant poussé les responsables de l’ALN à multiplier les rencontres pour planifier d’importantes actions militaires dans la région dans le but de faire échouer cette visite, au double plan politique et militaire », a souligné le même historien.

La bataille de Zebabdja, commune de l’Oued Fodda, constituait un prolongement des victoires de l’ALN dans la willaya historique IV. Les moudjahidine qui l’ont menée ont fait preuve de grandes aptitudes dans la gestion des opérations militaires, mais aussi d’adaptation aux développements de la guerre d’indépendance et de la cause nationale algérienne sur la scène internationale, a-t-il dit.

Au delà de ce bilan matériel, la bataille de Zebabdja est à l’origine de répercussions politiques importantes pour la Révolution, selon le chercheur Mohamed Azza, qui a souligné notamment la « réorganisation intervenue dans la 3ème région et la division des unités de l’ALN en groupes, dans le but d’intensifier l’action militaire par une planification minutieuse et des déplacements rapides, grâce à la création de nouveaux postes, qui ont déplacé les opérations militaires au centre-ville de l’Oued Fodda ».

A cela s’ajoute la désignation et promotion en grades de soldats et d’officiers, transférés à partir des monts de l’Ouarsenis, dans des postes de responsabilité dans cette région, en guise de soutien moral à la population locale, et de confirmation de la poursuite de la lutte armée jusqu’à l’indépendance.

Le sous-lieutenant moudjahid Slimane El Ghoul a été promu, à cette occasion, au grade de lieutenant et fut désigné responsable politico-militaire de la région, dont il se chargea de la réorganisation et du commandement des unités combattantes de l’ALN.

A noter, également, que la ville de l’Oued Fodda a enregistré, le 10 décembre 1960, d’importantes manifestations de protestation contre la visite du président français Charles de Gaulle dans la région.

Ces manifestations ont été minutieusement planifiées par les responsables de Révolution dans la région, en dépit de la mort au champ d’honneur des deux chefs héroïques Si Belaid et Si Rachid et de leurs compagnons dans la bataille de Zebabdja.

Un fait qui constitua un véritable revers diplomatique et politique pour la France coloniale, dont le président retourna, dans son pays, avec une défaite militaire de plus, preuve de l’unité du peuple algérien et de sa détermination farouche à recouvrer son indépendance.

 

 

 

 


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