Espagne – Sahara Occidental : la trahison de Pedro Sánchez, pourquoi ? - Algérie

Espagne – Sahara Occidental : la trahison de Pedro Sánchez, pourquoi ?

«J’ai la nationalité sahraouie de naissance et la nationalité espagnole d’origine, Sánchez vient de me dépouiller des deux en disant que la chose la plus idéale pour les Sahraouis est d’être « une autonomie du Maroc ». En un tweet, le jeune Taleb Alisalem, a résumé la trahison, au sens plein du terme, de Pedro Sánchez, président du gouvernement espagnol à l’égard du peuple sahraoui et son mépris pour le droit international.

Pour rappel, le dernier programme électoral du parti de Sanchez, le Parti Socialiste, qui date de 2019 insiste sur les résolutions de l’ONU « qui garantissent le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui ».  C’est donc un virage total marqué par du cynisme politique et sans doute par des calculs erronés.

La décision de se soumettre au chantage du Maroc – qui joue sur les vannes de l’immigration clandestine – piétine le droit international (lequel exige un référendum d’autodétermination) et se décharge de la responsabilité historique de l’Espagne à l’égard du peuple sahraoui. La décision de Pedro Sánchez, qualifié « d’autocratique » et prise sans consultation même des membres de la coalition gouvernementale, suscite une vague de réprobation en Espagne.

Non seulement, estiment de nombreux opposants au «giro » (virage) décidé par Pedro Sánchez, ce ralliement consacre une position de faiblesse à l’égard du Maroc, mais il risque d’envenimer les relations avec l’Algérie à une période à l’importance des approvisionnements en énergie sont primordiaux.

Le dirigeant du principal parti d’opposition, Parti popular, Núñez Feijóo, a fustigé la « légèreté » du gouvernement sur la question et a indiqué qu’il sera « très attentif aux réactions des Nations unies et de l’Algérie  » car, a-t-il prévenu, « les dégâts peuvent être très importants ». Pour rappel, l’Algérie a fourni en 2021 près de la moitié du gaz consommé en Espagne. Même si la part du gaz importé liquéfié des Etats-Unis par méthaniers est en tête, la part de l’Algérie reste essentielle pour l’Espagne.

Alger informée préalablement ? Un contrefeu factice

Le ministre espagnol des affaires étrangères, en annonçant la « trahison », s’était dit certain que l’Algérie était un « partenaire fiable » et que le soutien apporté à la « solution » marocaine serait sans conséquence. Alger est censé, selon les dires des autorités espagnoles, être alléchée par les perspectives de vente de gaz avec l’Espagne comme Hub pour l’Europe qui cherche à se libérer de la dépendance à la Russie.

Mais face à la réaction de l’Algérie qui a décidé de rappeler son ambassadeur à Madrid avec «effet immédiat », le gouvernement espagnol fait dire par des «sources » non identifiées que les responsables algériens avaient été avertis du changement de position de Madrid.  Alger n’a pas encore réagi à ces assertions non officielles. Mais cela semble être un contrefeu factice. Alger qui fait de la question de la décolonisation du Sahara Occidental un des sujets majeurs de sa politique étrangère, ne serait pas privé de le dénoncer si elle en a été informée.

« C’est quelque chose que même Franco n’a pas osé faire », l’ancien ministre des Affaires étrangères et eurodéputé José Manuel García Margallo. « C’est le geste d’un autocrate qui enfreint toutes les règles de coexistence en politique étrangère ».

Un cout diplomatique très élevé

Le choix cynique, immoral et intenable au regard du droit international – invoqué pour l’Ukraine et piétiné pour le Sahara Occidental – fait par Pedro Sanchez suscite une vive tempête en Espagne. Le vice-président du gouvernement des îles Canaries et leader du NC (Nueva Canarias), Román Rodríguez, souligne la « contradiction flagrante » du président du gouvernement espagnol qui d’une part « »d’une part, il condamne l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine mais, en même temps, il reconnaît l’occupation du territoire sahraoui et introduit un facteur d’instabilité dans la crise énergétique exacerbée par la guerre en Europe ».

Román Rodríguez souligne par ailleurs que le gaz algérien « est une alternative au russe ». L’Algérie, a-t-il rappelé, « est un pays leader en Afrique du Nord et un acteur clé dans le conflit en raison de son soutien au peuple sahraoui ».

Quel gain, obtient l’Espagne en s’alignant sur le Maroc ? Les officiels espagnols parlent de « normalisation » avec le Maroc. Mais le journaliste espagnol, Ignacio Cembrero, spécialiste du Maghreb, estime que le soutien du gouvernement espagnol au Maroc a « un coût diplomatique très élevé en échange de rien ou presque ».


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