Abd al-Mu’min ibn Ali al-Kumi, de son nom complet Abd al-Mu’min ibn Ali ibn Makhlouf ibn Ya’la ibn Marwan ibn Nasr ibn Ali ibn ‘Amir ibn al-Asr ibn Musa ibn Abdallah ibn Yahya ibn Wariq ibn Satafour ibn Yaqour ibn Matmat ibn Houdj, surnommé Abu Muhammad al-Kumi al-Nadromi, est le véritable fondateur de l’Empire almohade en Afrique du Nord.
Origines et formation
Né à Tlemcen, alors sous domination des Almoravides, il y grandit et reçut son éducation. Son père était potier, et lui-même apprit les bases de la lecture, de l’écriture, ainsi que des rudiments de droit islamique et de la biographie du Prophète. Il bénéficia de l’essor intellectuel de Tlemcen, ville reconnue pour son rayonnement scientifique, et étudia auprès de nombreux érudits, notamment Cheikh Abd al-Salam al-Tunisi, grand spécialiste de jurisprudence, de hadith et d’exégèse coranique.
Désireux de poursuivre son apprentissage, il envisagea un voyage au Machrek (Orient). Cependant, avant de partir, il entendit parler d’un savant réputé, Ibn Tumart, installé dans le village de Malala, près de Béjaïa, capitale des Hammadides. Séduit par la personnalité et l’érudition de ce dernier, il abandonna son projet de voyage et devint son disciple. Ibn Tumart, homme de savoir et de stratégie, ayant lui-même voyagé en Orient pour y acquérir des connaissances, rassembla progressivement des adeptes autour de lui.
L’essor du mouvement almohade
Après leur rencontre, Abd al-Mu’min et Ibn Tumart quittèrent Malala pour se rendre à Fès, où ils propagèrent leur doctrine réformiste. Ils poursuivirent ensuite leur périple jusqu’à Marrakech, la capitale des Almoravides, en 1121.
Abd al-Mu’min devint un fervent propagateur du message de son maître, qui fonda le mouvement des Almohades en 1124 dans le but de renverser la dynastie almoravide, alors au pouvoir au Maghreb et en Al-Andalus. À la mort d’Ibn Tumart en 1130, Abd al-Mu’min lui succéda à la tête des Almohades et engagea une guerre acharnée contre les Almoravides, qui dura sept ans (1139-1146).
Conquêtes et unification du Maghreb et d’Al-Andalus
Au fil des campagnes militaires, il conquit progressivement plusieurs territoires :
- 1139-1146 : Prise d’Azrou, du Rif, puis de sa ville natale Nedroma et de Ténès.
- 1146-1154 : Soumission de Tlemcen, Oran, Oujda, Fès, Meknès, et des principales cités d’Al-Andalus, dont Séville.
- 1154-1160 : Conquête du reste de l’Algérie actuelle (Milia, Alger, Béjaïa, Constantine) et des villes tunisiennes (Tunis, Mahdia, Kairouan, Sfax, Sousse).
- 1160-1163 : Contrôle des grandes cités de Tripoli et Gabès.
À la tête d’une armée de 75 000 soldats et d’une flotte de 70 navires, Abd al-Mu’min consolida son autorité sur un immense empire s’étendant du Maghreb à Al-Andalus. Il mit en place une administration efficace, basée sur un système structuré avec un calife, un conseil de sages, un prince héritier, des ministres, des gouverneurs régionaux et des percepteurs d’impôts.
Il plaça ses fils à la tête des provinces, en les épaulant par les fils des chefs almohades, garantissant ainsi la loyauté des élites locales. Il est également à l’origine de la fondation de la ville de Nedroma en 1160, bâtie sur les ruines d’une ancienne cité dont la date de fondation reste inconnue.
Portrait d’un souverain exceptionnel
Dans son ouvrage Rawd al-Qirtas, l’historien Ibn Abi Zar’a décrit ainsi Abd al-Mu’min :
« Il avait le teint blanc légèrement rosé, des yeux cernés de noir, des cheveux bouclés, une silhouette équilibrée, des sourcils arqués, un nez droit et large, une barbe bien fournie. Il était un orateur éloquent, un expert en grammaire, en littérature et en récitation coranique… Homme de bon gouvernement, de vision et de stratégie, il faisait preuve d’un grand courage et d’une audace exceptionnelle sur le champ de bataille. Aucune ville ne lui résistait… »
Un héritage impérissable
Abd al-Mu’min ibn Ali s’éteignit à Salé (ou Rabat) le 16 mai 1163 (10 Jumada al-Thani 558 H) des suites d’une longue maladie. Son règne marqua l’apogée de l’Empire almohade, qui devint la puissance dominante du Maghreb et d’Al-Andalus.
Le poète algérien Moufdi Zakaria, auteur de l’Îliade de l’Algérie, lui rend hommage en ces vers :
« Et Nedroma enfante des immortels,
Alors l’Algérie s’enorgueillit.
Ibn Ali forge notre unité,
Et brandit fièrement son étendard. »
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