LogoNews
Mohamed Lachmi biographie et parcours scientifique en génie civil

Mohamed Lachmi biographie et parcours scientifique en génie civil

Il y a des parcours qui commencent par un concours de circonstances. Celui de Mohamed Lachemi commence par 30 secondes de tremblement de terre. Lycéen en Algérie, il voit sa région dévastée par le séisme de 1980 et se pose une question qui ne le quittera plus : pourquoi certains immeubles restent-ils debout quand d'autres s'effondrent ? Quarante-cinq ans plus tard, cette question l'a mené au doctorat, à la recherche sur le béton, puis à la présidence de la Toronto Metropolitan University (TMU), l'une des plus grandes universités de Toronto. Membres du Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger noms, missions et responsabilités

Un enfant d'Algérie marqué par le séisme de 1980

Mohamed Lachemi est né en 1962 en Algérie, dans un petit village. Il est l'aîné de cinq enfants et le premier de sa famille à avoir fréquenté l'école. Il parle arabe, français et anglais. Adolescent, il survit avec sa famille au séisme qui frappe la région de Chlef (alors El Asnam) en octobre 1980. Selon la biographie officielle de TMU, la catastrophe a fait plus de 4 000 morts. Les bilans varient d'une source à l'autre, certains donnant environ 3 500 victimes. Ce qui l'a frappé, c'est l'écart entre les bâtiments détruits et ceux qui ont résisté. « Je devais savoir pourquoi certains bâtiments restaient debout et d'autres étaient complètement détruits. Je voyais que l'ingénierie a le pouvoir de sauver des vies. » (propos rapportés par TMU, traduits de l'anglais) Il ne s'est donc pas tourné vers le génie civil par goût des équations : il y est venu par besoin de comprendre, et l'ingénierie est devenue pour lui une réponse à une tragédie.

Une formation entre Oran et Sherbrooke

Le temps des études

Année Établissement Diplôme
1986 Université des Sciences et de la Technologie d'Oran (USTO), Algérie Licence (BSc) en génie civil, avec distinction
1988 Université de Sherbrooke, Québec Maîtrise (MASc) en génie des structures
1993 Université de Sherbrooke, Québec Doctorat (PhD) en génie des structures
Il quitte l'Algérie en 1986 pour poursuivre ses études au Québec. Sherbrooke est alors un haut lieu de la recherche sur le béton, et c'est là qu'il se forme à la science des matériaux de construction.

Les premières expériences de recherche

Après son doctorat, il travaille avec Concrete Canada comme chercheur postdoctoral puis comme associé de recherche. Il occupe ensuite un poste de professeur invité en sciences appliquées à l'Université d'Artois, en France. Ce parcours entre l'Afrique du Nord, l'Amérique du Nord et l'Europe explique en partie son goût pour l'international, visible plus tard dans sa stratégie universitaire.

Le chercheur : des bétons plus solides, plus durables, plus propres

En 1998, Mohamed Lachemi est recruté comme professeur de génie civil à l'université qui s'appelait alors Ryerson. Il y fonde son programme de recherche autour d'une idée simple : des matériaux de construction plus performants, plus durables et moins nocifs pour l'environnement.

Ses principaux domaines

  • Composites cimentaires d'ingénierie (ECC) : des bétons conçus pour se déformer davantage avant de rompre, donc plus ductiles que le béton ordinaire.
  • Auto-cicatrisation du béton : des matériaux capables de refermer eux-mêmes leurs fissures, ce qui prolonge la vie des ouvrages.
  • Bétons autoplaçants et bétons à haute performance : des formulations qui facilitent la mise en œuvre et améliorent la résistance.
  • Valorisation des déchets dans le béton : utiliser des sous-produits industriels pour réduire l'empreinte de la construction.
  • Réhabilitation et réparation des structures en béton : prolonger la vie des ouvrages existants.
  • Construction durable : l'axe général qui relie l'ensemble de ses travaux.

Quelques travaux représentatifs

Sa page officielle de TMU cite notamment :
  • des composites cimentaires avancés combinant auto-détection et auto-cicatrisation (2018) ;
  • l'effet d'un agent expansif à base de MgO sur le système d'auto-cicatrisation des ECC (2017) ;
  • des mortiers cimentaires à bactéries immobilisées dans de la zéolite, étudiés pour leur résistance et leur durabilité (2017) ;
  • une méthode de préconditionnement pour tester accélérément le béton soumis à l'attaque sulfatique (2016) ;
  • des nanomodifications destinées à améliorer la ductilité des composites cimentaires (2015).
Ces titres montrent un fil conducteur : faire du béton un matériau intelligent, capable de résister, de se réparer et de durer.

Financements et partenaires

Ses recherches ont été soutenues par la Fondation canadienne pour l'innovation, le Fonds ontarien d'innovation, le CRSNG (Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie), les Centres d'excellence de l'Ontario, le ministère des Transports de l'Ontario, Hydro-Québec et plusieurs partenaires industriels. Il dirige le laboratoire des matériaux de construction durables avancés à TMU.

Un bilan chiffré

  • Plus de 350 publications évaluées par les pairs, chapitres de livres et actes de conférences, en anglais et en français.
  • Plus de 85 étudiants de maîtrise et de doctorat, postdoctorants et associés de recherche encadrés ou co-encadrés.
  • Plus de 75 conférences invitées dans le monde.
  • Plus de 18 000 citations sur Google Scholar, d'après une capture ancienne de son profil. Le chiffre actuel est sans doute plus élevé.
  • Un rôle de rédacteur associé du Canadian Journal of Civil Engineering de 2007 à 2017.
Même devenu président, il continue d'encadrer des étudiants diplômés.

Les distinctions scientifiques

Année Distinction
2002 Chaire de recherche du Canada (niveau II), en construction durable (détenue jusqu'en 2010)
2011 Fellow de l'Académie canadienne du génie
2012 Supplément d'accélération à la découverte du CRSNG
2018 Médaille Wason pour la recherche sur les matériaux, American Concrete Institute
2026 Médaille d'or des Ontario Professional Engineers Awards
Il est aussi Fellow de la Société canadienne de génie civil et a siégé au Conseil national de recherches du Canada de 2018 à 2021. La médaille Wason, décernée par l'American Concrete Institute, est l'une des reconnaissances les plus citées dans son domaine.

De professeur à président : une ascension interne

Son parcours administratif s'est entièrement déroulé à Ryerson, devenue TMU.
Période Fonction
1998 Professeur de génie civil
2009 Doyen par intérim de la faculté de génie et de sciences de l'architecture
2010 Doyen de la faculté
2013 Provost et vice-président académique
2015 Président par intérim
2016 Président et vice-chancelier (9e président)
2019 Mandat renouvelé jusqu'en 2026
Fait rare, il a gravi tous les échelons dans la même institution. Son arrivée à la présidence, en 2016, a été présentée dans la presse comme celle d'un ingénieur civil aux commandes d'une université connue pour sa culture d'entrepreneuriat et d'innovation.

Un bilan de président

Des projets structurants

  • Rogers Cybersecure Catalyst : un centre national de cybersécurité.
  • Centre des compétences futures : TMU a obtenu la direction du consortium, qui vise à aider les Canadiens à acquérir les compétences de la nouvelle économie.
  • Nouvelles facultés : il a conduit les approbations de la Lincoln Alexander School of Law (la première nouvelle faculté de droit de Toronto depuis 1949) et d'une école de médecine à Brampton, dans la région de Peel.
  • Fonds PACE : créé dès le début de son premier mandat pour améliorer l'accès aux études. Le conseil des gouverneurs évoque aussi plus de 10 millions de dollars levés pour l'accès des étudiants.
  • Expansion internationale : des zones d'innovation, basées sur le modèle de l'incubateur DMZ, ont été établies en Égypte, en Inde, au Japon, au Vietnam et dans les Caraïbes.

Le changement de nom

C'est sans doute la décision la plus visible de son mandat. Il a créé le groupe de travail Standing Strong pour examiner le rôle historique d'Egerton Ryerson, l'un des architectes du système des pensionnats autochtones. Les recommandations ont conduit à la décision de rebaptiser l'université. Ryerson University est devenue Toronto Metropolitan University en 2022. Lachemi a expliqué publiquement que le nom Ryerson avait compté dans sa vie, mais qu'il était temps de changer. Kamel Youssef Toumi parcours scientifique et réalisations en ingénierie mécanique

L'équité et l'inclusion

Il a aussi formé un comité présidentiel chargé de mettre en œuvre les recommandations du rapport sur le climat de campus en matière de racisme anti-Noirs (2020).

Des fonctions bien au-delà du campus

  • Ancien président du Conseil des universités de l'Ontario
  • Président du comité des finances d'Universités Canada
  • Membre du conseil d'administration de Rogers Communications, de DMZ Ventures, de WUSC (Service universitaire mondial du Canada) et de l'Autorité aéroportuaire du Grand Toronto (GTAA)
  • Ancien membre du Conseil national de recherches du Canada (2018-2021)
Wikipédia mentionne également Trillium Health Partners parmi les conseils auxquels il a siégé.

Reconnaissances publiques

  • Ordre de l'Ontario (2022), la plus haute distinction civile de la province
  • Parmi les 50 personnalités les plus influentes de Toronto selon Toronto Life (2021 et 2022)
  • Parmi les 25 meilleurs immigrants du Canada selon Canadian Immigrant (2022)
  • Doctorat honoris causa en droit, Ontario Tech University (2021)

La fin d'un long chapitre

Son second mandat devait s'achever en avril 2026. En octobre 2024, le conseil des gouverneurs l'a prolongé jusqu'à la fin de 2026, pour mener à terme plusieurs grands chantiers (rénovation de l'école de médecine, nouveau centre de bien-être étudiant, aménagement de la faculté de droit) et préparer la transition. Lachemi a précisé qu'il ne cherchait pas de troisième mandat. Une recherche de successeur a été lancée en juin 2025. Le conseil a approuvé en avril 2026 la nomination de Roberta Iannacito-Provenzano, actuelle provost de TMU, qui deviendra la 10e présidente en janvier 2027 pour un mandat de cinq ans. Le parcours de Lachemi se terminera donc après près de trois décennies passées dans la même université, comme professeur, doyen, provost puis président.

A lire également