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Mohamed Gagoua parcours scientifique et recherches en production animale

Mohamed Gagoua parcours scientifique et recherches en production animale

Vous cuisez deux morceaux de bœuf identiques, achetés le même jour, chez le même boucher. L'un fond en bouche, l'autre résiste sous la dent. Pendant des décennies, la réponse tenait en une formule : « ça dépend de l'animal ». Aujourd'hui, une partie de la réponse porte le nom d'un chercheur formé en Algérie : Mohammed Gagaoua, qui travaille à l'INRAE, l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, en France. Membres du Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger noms, missions et responsabilités

Qui est Mohammed Gagaoua ?

Mohammed Gagaoua est un chercheur spécialisé dans la science de la viande, autrement dit la biochimie du passage du muscle à la viande. Ingénieur en agroalimentaire diplômé de l'Université de Constantine, il a fait toute sa montée en compétence entre l'Algérie, la France et l'Irlande avant de décrocher un poste permanent à l'INRAE en octobre 2022. Sa spécialité tient en une question simple, que tout consommateur se pose sans le savoir : pourquoi la qualité d'une viande varie-t-elle autant d'un morceau à l'autre ?

Un parcours en trois pays

Période Étape Pays
2009-2015 Diplôme de post-graduation puis doctorat sur la biochimie de la viande et du muscle (INRA et Université de Constantine) Algérie / France
2011-2014 Chargé de cours à l'Université de Béjaïa Algérie
2012-2017 Maître de conférences à l'Université Mentouri de Constantine Algérie
Dès 2017 Recherche à l'INRA Auvergne-Rhône-Alpes France
Février 2019 Chercheur au centre Teagasc d'Ashtown, près de Dublin (bourse européenne Marie Skłodowska-Curie) Irlande
Octobre 2022 Chercheur permanent à l'INRAE, unité PEGASE France
Ce parcours est celui de nombreux scientifiques algériens : une formation solide au pays, puis une carrière internationale. Mais Mohammed Gagaoua a gardé le lien avec les universités algériennes, comme le montrent ses interventions récentes (voir plus bas).

Le secret d'une viande tendre : la science des protéines

Pour comprendre ce que cherche Mohammed Gagaoua, il faut savoir qu'un muscle ne devient pas de la viande du jour au lendemain. Après l'abattage, une cascade de réactions biochimiques se déclenche dans le muscle : c'est la maturation. Selon la façon dont ces réactions se déroulent, la viande sera tendre ou coriace, juteuse ou sèche, claire ou foncée. Son outil de travail s'appelle la protéomique : l'étude des protéines présentes dans le muscle. L'idée est de repérer des « signatures » moléculaires, des biomarqueurs, qui annoncent la qualité future de la viande, avant même que le consommateur ne la goûte.

Ce que disent les biomarqueurs

Dans un travail de référence publié dans la revue Meat Science, son équipe a fait la synthèse de nombreuses études de protéomique sur la tendreté de la viande bovine. Cette approche, dite « intégromique », a permis de dégager la liste de biomarqueurs la plus robuste publiée jusque-là, selon le centre Teagasc. Les protéines impliquées se classent en quatre grandes familles, par ordre d'importance :
  1. les protéines contractiles et de structure du muscle ;
  2. les protéines du métabolisme énergétique ;
  3. les protéines de réponse au stress ;
  4. les protéines liées au stress oxydatif.
En clair : la tendreté ne dépend pas d'un seul facteur. Elle résulte de la structure du muscle, de l'énergie disponible dans les cellules, et de la façon dont l'animal a réagi au stress avant l'abattage.

Une étude sur 188 vaches

Autre travail marquant : une étude sur 188 vaches de race Maine-Anjou (appellation d'origine protégée). L'équipe a mesuré 20 protéines par une technique de micro-puces à protéines (RPPA). Résultat : 10 d'entre elles sont fortement liées à la tendreté et 9 au persillé, c'est-à-dire à la graisse intramusculaire qui rend la viande savoureuse.  
Critère étudié Protéines fortement liées (sur 20 testées)
Tendreté 10
Persillé (graisse intramusculaire) 9
L'enjeu est concret. Si l'on peut prédire la qualité d'une carcasse dès les premières heures après l'abattage, on peut mieux orienter chaque morceau vers le bon marché, et réduire les pertes liées à une viande décevante.

Au-delà du bœuf : dromadaire, agneau, chèvre

Ce qui rend le parcours de Mohammed Gagaoua particulier, c'est son intérêt pour des animaux souvent négligés par la recherche internationale :
  • Le dromadaire : le projet DromaFibres (2014-2016) a caractérisé les fibres musculaires du dromadaire algérien, par des méthodes biochimiques et immuno-histologiques.
  • L'agneau : il a co-signé en 2023 des travaux sur les voies biochimiques qui déterminent la couleur et la texture de la viande d'agneau.
  • Les caprins et les camélidés : en novembre 2025, il a présenté à l'Université de Béjaïa une communication sur l'usage de la protéomique pour trouver des biomarqueurs de qualité chez les chèvres et les chameaux, avec une question en toile de fond : que peut apporter cette science à la sécurité alimentaire de l'Algérie ?
Il s'est aussi intéressé aux protéases végétales, des enzymes issues de plantes, utilisées comme attendrisseurs naturels de viande et agents de coagulation du lait (projet PlantFoodAse, 2016). Une piste simple et peu coûteuse, qui parle à tous les cuisiniers : on connaît le jus d'ananas ou de papaye pour attendrir une viande, ici c'est la version scientifique. Abdelhamid Mellouk parcours scientifique et recherches en intelligence artificielle

Des distinctions reconnues par ses pairs

Les travaux de Mohammed Gagaoua ont été remarqués très tôt dans sa discipline :
  • 2015 : finaliste (runner-up) du prix de l'International Meat Secretariat ;
  • 2018 : prix Robin Shorthouse du congrès ICoMST pour sa contribution à l'avancement de la science de la viande ;
  • 2018 : prix de la meilleure présentation scientifique du même congrès, en Australie.
Côté publications, le bilan est solide :
  • plus de 130 articles évalués par des pairs ;
  • 2 ouvrages édités, dont Current Advances in Meat Nutritional, Sensory and Physical Quality Improvement (avec Brigitte Picard) ;
  • environ 20 chapitres d'ouvrages et 60 communications publiées dans des actes de congrès.
Il siège aussi dans des comités éditoriaux, dont celui de Meat Science, revue de référence du domaine. Selon la base Exaly, il cumule environ 5 850 citations pour un h-index de 40. Ces chiffres varient selon les bases de données (Scopus, Google Scholar), mais ils situent son niveau d'impact.

Un chercheur qui reste tourné vers l'Algérie

En octobre 2025, il a donné une conférence sur la qualité de la viande et la durabilité grâce à la foodomics, une approche qui combine plusieurs « omiques » (protéines, gènes, métabolites) pour améliorer la traçabilité et l'innovation. L'événement était organisé par la DGRSDT et le Centre de recherche en technologies agroalimentaires (CRTAA) autour de la sécurité alimentaire. Quelques semaines plus tard, il intervenait à Béjaïa lors d'un congrès international sur la sécurité alimentaire durable. Pour un chercheur algérien installé à l'étranger, ces retours sont un lien précieux avec la communauté scientifique du pays.

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