Le 20 août 2026, l’Algérie a perdu l’une de ses figures religieuses et intellectuelles. Le Dr Sidi Mohamed El Aïd Tidjani, cheikh de la zaouïa de Témacine, est décédé à l’âge de 72 ans. Également connu sous les variantes Mohamed El Aïd, Mohamed Laïd ou Mohamed El Eid, il a consacré une grande partie de sa vie à la transmission du savoir religieux et à ses activités scientifiques. Physicien de formation, il dirigeait l’un des importants centres de la confrérie soufie Tidjaniyya en Algérie. Son parcours témoigne de la possibilité de concilier formation universitaire, responsabilités spirituelles et engagement au service de la société.
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La Tidjaniyya, un héritage algérien à rayonnement international
Pour comprendre la place occupée par le cheikh Sidi Mohamed El Aïd Tidjani, il convient de revenir sur l’histoire de la confrérie à laquelle il appartenait.
Cheikh Abou Abbès Ahmed Tidjani, fondateur de la Tariqa Tidjania, est né en 1737 à Aïn Madhi, dans l’actuelle wilaya de Laghouat, et est décédé en 1815. Au fil des générations, cette voie soufie a étendu son influence au-delà de l’Algérie, notamment en Afrique de l’Ouest, où elle compte d’importantes communautés de fidèles.
Lors d’une visite à Alger en mai 2026, le khalife général de la branche sénégalaise de Médina Baye a évoqué un nombre de plus de 400 millions de musulmans affiliés à cette voie. Cette estimation, rapportée par les médias, illustre le rayonnement international revendiqué par les représentants de la confrérie.
En Algérie, plusieurs centres historiques contribuent à la transmission de cet héritage. Aïn Madhi occupe une place majeure dans l’histoire de la Tidjaniyya, tandis que la zaouïa de Témacine constitue un important pôle religieux, éducatif et spirituel. C’est au sein de cette institution que le Dr Sidi Mohamed El Aïd Tidjani a exercé ses responsabilités.
La zaouïa de Témacine, un centre de savoir et de transmission
Située dans la région de Touggourt, la zaouïa de Témacine occupe une place importante dans l’histoire religieuse et culturelle du Sud algérien. Selon les sources de presse, sa fondation est associée à Hadj Ali Temacini, figure historique de la Tidjaniyya.
Au fil du temps, cette institution a développé une tradition de transmission du savoir religieux et de formation. Sa bibliothèque, ses manuscrits et ses activités éducatives participent à la préservation d’un patrimoine intellectuel transmis de génération en génération.
Les zaouïas ont historiquement assuré plusieurs missions complémentaires, notamment :
- l’enseignement du Coran et des sciences religieuses ;
- la transmission des connaissances linguistiques et de la tradition soufie ;
- l’accompagnement social et les actions de solidarité ;
- la médiation et la réconciliation au sein des communautés ;
- la préservation du patrimoine religieux et culturel.
C’est dans cet environnement que Sidi Mohamed El Aïd Tidjani a grandi, avant de poursuivre un parcours universitaire qui allait donner à son itinéraire une dimension particulière.
Une formation alliant enseignement religieux et études universitaires
Une enfance marquée par la transmission du savoir
Issu d’une famille attachée à l’enseignement religieux, le Dr Sidi Mohamed El Aïd Tidjani a reçu ses premiers enseignements de son père, Sidi Mohamed Bachir, lui-même savant et figure de la zaouïa de Témacine.
Cette transmission familiale occupe une place importante dans l’histoire des institutions religieuses traditionnelles. Elle associe l’acquisition des connaissances à l’apprentissage des responsabilités liées à la préservation et à la continuité de l’institution.
Dès sa jeunesse, le futur cheikh a ainsi évolué dans un environnement où l’éducation, la spiritualité et le service de la communauté occupaient une place centrale.
Des études scientifiques jusqu’au doctorat
Sa formation ne s’est toutefois pas limitée à l’enseignement religieux. Selon les informations rapportées dans les hommages officiels, il a poursuivi ses études classiques parallèlement à sa formation au sein de la zaouïa.
Son parcours universitaire l’a conduit jusqu’à l’Université de Paris, où il a obtenu un doctorat en physique du solide. Cette spécialisation scientifique constitue un élément marquant de sa biographie et témoigne de son engagement dans les études supérieures.
Cette double formation, religieuse et universitaire, a accompagné son parcours tout au long de sa vie. Elle lui a permis d’évoluer dans des environnements différents, tout en assumant ses responsabilités au sein de la zaouïa.
Un parcours dans l’enseignement universitaire
Les sources de presse évoquent également son activité dans l’enseignement supérieur. En 2008, le quotidien Echorouk le présentait comme professeur de physique nucléaire à l’université de Constantine.
Son parcours témoigne ainsi d’une expérience dans le domaine scientifique, parallèlement à ses responsabilités religieuses et éducatives. Cette articulation entre enseignement universitaire et transmission spirituelle constitue l’un des aspects distinctifs de son itinéraire.
Les principales étapes de son parcours
Plusieurs repères permettent de retracer les grandes étapes de sa vie et de son engagement.
| Période | Événement |
| 1737-1815 | Vie de Cheikh Ahmed Tidjani, fondateur de la Tidjaniyya. |
| Jeunesse | Formation religieuse à Témacine et poursuite d’études universitaires. |
| Parcours universitaire | Obtention d’un doctorat en physique du solide à l’Université de Paris. |
| 1420 de l’Hégire, soit 1999-2000 environ | Succession de son père à la tête de la zaouïa de Témacine, selon les sources citées. |
| 2008 | Participation à une rencontre internationale consacrée à la Tidjaniyya, dont il est présenté comme président dans la presse. |
| Juin 2025 | Publication d’une étude universitaire consacrée à son approche du soufisme. |
| 20 août 2026 | Décès du cheikh à l’âge de 72 ans. |
Ces repères mettent en évidence la continuité entre sa formation, ses activités scientifiques et les responsabilités qu’il a assumées au sein de la zaouïa.
Plus de deux décennies à la tête de la zaouïa de Témacine
En 1420 de l’Hégire, correspondant approximativement à la période 1999-2000, Sidi Mohamed El Aïd Tidjani a succédé à son père à la tête de la zaouïa de Témacine.
Cette responsabilité l’a placé au cœur d’une institution associant enseignement religieux, transmission du patrimoine, accompagnement des fidèles et activités sociales. À travers cette fonction, il a contribué à la continuité d’une tradition spirituelle profondément enracinée dans l’histoire de la région.
Son rôle s’inscrivait dans plusieurs domaines complémentaires.
La transmission du savoir : la formation religieuse et l’éducation constituaient des dimensions importantes de la mission de la zaouïa.
L’accompagnement de la communauté : les zaouïas participent traditionnellement à la solidarité sociale et à la médiation, en favorisant le dialogue et la réconciliation.
La préservation du patrimoine : les manuscrits, les enseignements et les traditions transmis au sein de l’institution contribuent à la conservation d’un héritage religieux et culturel.
La participation aux rencontres intellectuelles : les colloques et les manifestations consacrés à la Tidjaniyya ont permis d’aborder son histoire, ses enseignements et son évolution dans le monde contemporain.
En assumant ces responsabilités, le cheikh a poursuivi le travail de transmission engagé par les générations précédentes.
Le « soufisme scientifique », une approche étudiée par la recherche universitaire
Le parcours du Dr Sidi Mohamed El Aïd Tidjani a également fait l’objet de travaux universitaires portant sur sa conception du soufisme.
En juin 2025, la revue Qabas des études humaines et sociales a publié une étude consacrée à cette personnalité de la Tidjaniyya. Le travail s’intéresse notamment à l’approche désignée sous l’expression de « soufisme scientifique ».
Selon le résumé de cette publication, cette approche vise à réfléchir aux moyens de préserver l’héritage soufi tout en tenant compte des évolutions culturelles et intellectuelles contemporaines. Elle met l’accent sur l’organisation de la réflexion, la transmission des connaissances et l’application des enseignements spirituels dans la vie quotidienne.
L’étude aborde notamment plusieurs axes :
- les fondements du soufisme scientifique ;
- les mécanismes associés à cette approche ;
- ses manifestations dans la pratique tidjanie ;
- les liens entre héritage spirituel et réflexion intellectuelle.
Ces travaux contribuent à documenter la place de cette démarche dans les réflexions contemporaines consacrées au soufisme. Ils permettent également de mieux comprendre l’intérêt universitaire porté à certaines figures religieuses dont le parcours associe enseignement traditionnel et formation scientifique.
Un parcours à la croisée de plusieurs domaines
La biographie du Dr Sidi Mohamed El Aïd Tidjani présente plusieurs dimensions complémentaires.
Sur le plan religieux, il s’inscrit dans la continuité d’une tradition transmise au sein de la zaouïa de Témacine. Sa formation et ses responsabilités témoignent de son attachement à la préservation de cet héritage.
Sur le plan scientifique, son doctorat en physique du solide et son parcours dans l’enseignement universitaire illustrent son engagement dans les études supérieures.
Sur le plan éducatif et social, ses fonctions à la tête de la zaouïa s’inscrivaient dans une institution dont les missions dépassent la seule transmission des connaissances religieuses.
Enfin, sur le plan intellectuel, les travaux universitaires consacrés à son approche du soufisme contribuent à documenter sa place dans les réflexions sur la transmission de la tradition spirituelle à l’époque contemporaine.
Ces différentes dimensions permettent de mieux saisir la singularité de son parcours, sans dissocier ses responsabilités religieuses de son expérience universitaire.
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Les hommages officiels après son décès
La disparition du cheikh a suscité des réactions au plus haut niveau de l’État algérien.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a adressé un message de condoléances à la famille du défunt, aux cheikhs et aux disciples de la zaouïa, ainsi qu’à la communauté scientifique nationale.
Dans cet hommage, le chef de l’État a rappelé le parcours du défunt, sa formation et les responsabilités qu’il avait assumées à la tête de la zaouïa de Témacine.
La présidente de l’Assemblée populaire nationale, Khalida Boufedeche, a également présenté ses condoléances à la suite de cette disparition.
Ces témoignages officiels soulignent la reconnaissance accordée à son parcours religieux et scientifique, ainsi que la place qu’il occupait dans son environnement institutionnel et social.
Un héritage fondé sur la transmission et le savoir
Le Dr Sidi Mohamed El Aïd Tidjani laisse le souvenir d’un parcours associant formation religieuse, études scientifiques et responsabilités éducatives. Héritier d’une tradition spirituelle ancienne, il a dirigé la zaouïa de Témacine pendant plus de deux décennies, tout en conservant un lien avec le monde universitaire.
Son itinéraire met en lumière le rôle des institutions religieuses dans la préservation du patrimoine, la transmission des connaissances et l’accompagnement des communautés. Il rappelle également la place que peuvent occuper les parcours universitaires dans la formation de personnalités investies de responsabilités spirituelles.
À travers son histoire, la zaouïa de Témacine demeure un témoin de la continuité de la tradition tidjanie en Algérie. Le parcours du cheikh Sidi Mohamed El Aïd Tidjani s’inscrit ainsi dans une histoire plus large, celle des institutions qui contribuent à transmettre un héritage religieux, culturel et intellectuel aux générations suivantes.
























