Bronze aux JO d'Atlanta, 441 victoires en amateur, une carrière pro éclair… Retour sur le destin de Mohamed Bahari, l'un des plus grands boxeurs que l'Algérie ait connus.
Il y a des noms qui résonnent encore dans la mémoire collective algérienne : Bougherra sur les stades, Boudiaf sur les rings de la politique… et puis il y a Mohamed Bahari, dont l'exploit s'est joué loin des projecteurs, sur un ring d'Atlanta, en 1996. Trente ans plus tard, peu de jeunes Algériens savent qu'un compatriote a partagé un podium olympique avec l'élite mondiale de la boxe. Comment un gamin de Sidi Bel Abbès a-t-il pu bâtir un palmarès de 441 victoires et devenir une légende que même l'Histoire semble avoir mise de côté ? C'est ce que nous allons découvrir.
Battu de manière controversée en finale par le Turc Malik Beyleroğlu — un match nul officiel tranché en sa défaveur par décision arbitrale — Bahari doit se contenter du bronze. Il partage ce podium avec l'Américain Rhoshii Wells, également médaillé de bronze dans la même catégorie. Une déception sur le moment, mais un exploit historique : peu de boxeurs algériens ont depuis atteint ce niveau sur la scène olympique.
Ce contraste entre une domination écrasante en amateur et une carrière professionnelle discrète illustre une réalité fréquente dans la boxe : le passage aux pros demande une reconversion technique, physique et parfois psychologique que peu de champions olympiques amateurs réussissent à négocier avec la même aisance.
Qui est Mohamed Bahari ?
Né le 29 juin 1976 à Sidi Bel Abbès, Mohamed Bahari grandit dans une Algérie où la boxe amateur occupe encore une place de choix dans le paysage sportif national. Mesurant 1,83 m, il évolue naturellement vers les catégories poids moyens (71-75 kg) avant de migrer plus tard vers les mi-lourds, profitant de son allonge et de sa puissance de frappe pour dominer ses adversaires. Dès le début des années 1990, il se fait remarquer sur la scène internationale amateur, notamment lors du tournoi Italia Junior en Sardaigne en 1994, puis à la President's Cup de Jakarta. Ces premières expériences forgent un boxeur complet, capable de s'adapter à des styles très différents. Palmarès Jeux Olympiques : De Moussa à Makhloufi, l’historique des 17 médailles de l’Algérie !Un palmarès qui impose le respect
Ce qui frappe d'abord chez Bahari, c'est la régularité. Sur 456 combats disputés en carrière amateur, il en remporte 441, dont 134 par KO. Un ratio de victoires qui dépasse les 96 %, rarement observé même chez les meilleurs boxeurs du continent. Voici les principaux titres glanés par le Sidi Bel-Abbésien au fil de sa carrière :- Médaille de bronze – Jeux Olympiques d'Atlanta 1996 (poids moyens)
- Médaille d'or – Championnats d'Afrique 1998 (poids mi-lourds)
- Médaille d'argent – Championnats d'Afrique 1994 (poids moyens)
- Médaille d'or – Jeux Africains 1995, Harare (poids moyens)
- Médaille d'or – Jeux Africains 1999, Johannesburg (poids mi-lourds)
- Médaille d'argent – Jeux Panarabes 1997, Beyrouth (poids moyens)
Atlanta 1996 : la nuit où l'Algérie a vibré
Le sommet de la carrière de Bahari se joue le 29 juillet 1996, dans l'enceinte olympique d'Atlanta. Face à des boxeurs aguerris venus des quatre coins du monde, l'Algérien enchaîne les victoires avec un aplomb impressionnant.| Tour | Adversaire | Pays | Résultat |
| 1/8 de finale | Marcus Thomas | Barbade | Victoire (arrêt de l'arbitre, round 2) |
| Quart de finale | Akaki Kakauridze | Géorgie | Victoire (8-5) |
| Demi-finale | Brian Magee | Irlande | Victoire (15-9) |
| Finale (pour l'or) | Malik Beyleroğlu | Turquie | Défaite (11-11, décision de l'arbitre) |
Le passage chez les professionnels : une parenthèse courte
Fort de son statut d'olympien médaillé, Bahari tente sa chance chez les professionnels en 2003. Mais l'histoire ne se répète pas de la même façon. Après seulement sept combats professionnels disputés, principalement en France, sa carrière s'arrête net en 2004.Bilan professionnel de Mohamed Bahari :
| Statistique | Détail |
| Victoires | 3 (1 KO, 2 décisions) |
| Défaites | 2 (1 KO, 1 décision) |
| Matchs nuls | 2 |
| Dernier combat | 21 octobre 2004, défaite par TKO face à Gusmyr Perdomo (Levallois-Perret, France) |
Que devient Mohamed Bahari aujourd'hui ?
Après avoir raccroché les gants, Bahari s'installe en France. Loin des rings, il choisit de rester fidèle à sa passion en passant son diplôme d'entraîneur. Aujourd'hui, il exerce comme coach de boxe sur le territoire français, transmettant son expérience à une nouvelle génération. Son nom refait surface médiatiquement en août 2024, lors des Jeux Olympiques de Paris. Présent dans les tribunes pour soutenir la boxeuse algérienne Imane Khelif, alors au cœur d'une actualité mondiale, Bahari accorde un entretien à La Gazette du Fennec. Un moment fort, où l'ancien médaillé de bronze glisse un message empreint de nostalgie et de revendication : Il souhaite que les autorités algériennes pensent davantage aux anciens champions qui, comme lui, ont porté haut les couleurs du pays. Une phrase qui résume à elle seule le sentiment de nombreux anciens sportifs algériens : celui d'avoir marqué l'histoire, sans que cette histoire ne soit suffisamment valorisée par la suite. Mustapha Moussa biographie palmarès et carrière en boxePourquoi le nom de Bahari mérite d'être retenu
Trois décennies après son exploit d'Atlanta, plusieurs raisons expliquent pourquoi Mohamed Bahari occupe une place particulière dans l'histoire du sport algérien :- Une médaille olympique rare : peu de boxeurs algériens ont atteint un podium olympique en boxe masculine.
- Une longévité impressionnante : 456 combats amateurs disputés, un chiffre hors norme.
- Une polyvalence technique : capable d'évoluer aussi bien en poids moyens qu'en mi-lourds.
- Une reconversion réussie : devenu entraîneur diplômé, il continue de transmettre son savoir.
- Un symbole intergénérationnel : sa présence aux JO de Paris 2024 aux côtés d'Imane Khelif relie deux générations de boxeurs algériens confrontés, chacun à leur époque, à des enjeux de reconnaissance.































