Dans le paysage institutionnel algérien, peu de ministres de la Culture viennent du monde de la philosophie. Malika Bendouda (مليكة بن دودة) appartient à cette catégorie. Universitaire spécialisée en philosophie politique, elle a enseigné la pensée politique, consacré des travaux à Hannah Arendt et présenté une émission de vulgarisation philosophique à la télévision. Elle a ensuite dirigé le ministère de la Culture et des Arts à deux reprises, une première fois entre 2020 et 2021, puis à partir de septembre 2025. Retour sur son parcours, ses principales orientations et les dossiers qui marquent son action.
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Origines et formation
Malika Bendouda est née le 19 mars 1975 à Oran, dans l'ouest de l'Algérie. Universitaire et spécialiste de philosophie politique, elle possède un parcours académique qui associe études littéraires et réflexion philosophique. Elle a obtenu une licence de français, avant de poursuivre ses études en philosophie des sciences sociales à l'Université d'Oran, où elle a préparé un doctorat. Cette double formation lui a permis d'évoluer dans différents domaines des sciences humaines et sociales. Son parcours universitaire l'a notamment conduite à s'intéresser aux questions liées à la pensée politique, à la société et à la place de la culture dans l'espace public. Sa thèse de doctorat portait sur la pensée philosophique de Hannah Arendt. Les travaux de cette philosophe, connue notamment pour ses réflexions sur l'action politique, la pluralité et la responsabilité individuelle, constituent une référence importante dans le parcours intellectuel de Malika Bendouda. Ces sujets rejoignent plusieurs thèmes qu'elle aborde dans ses interventions publiques, notamment le rôle de la culture dans la construction du lien social et la transmission des références intellectuelles.Une carrière d'enseignante, de chercheuse et de passeuse d'idées
Avant son entrée au gouvernement, Malika Bendouda a exercé différentes fonctions dans l'enseignement supérieur et la recherche. Son parcours s'est construit autour de la philosophie, des sciences politiques et des sciences humaines et sociales.L'enseignement et la recherche
Elle a enseigné au département de philosophie de l'Université de Tlemcen, puis au département des sciences politiques de l'Université d'Oran. Elle a également été associée au département des sciences humaines et sociales de l'Université de Tipaza. En parallèle de ses activités pédagogiques, elle a travaillé comme chercheuse au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), basé à Oran. Elle a notamment participé à un projet collectif consacré aux femmes et aux projets de vie, dans le cadre de recherches portant sur les évolutions sociales et les parcours individuels. Son expérience universitaire lui a ainsi permis d'aborder les questions culturelles sous plusieurs angles, de la réflexion philosophique à l'analyse des transformations de la société.L'édition et les publications
Malika Bendouda a également occupé des fonctions éditoriales. Elle a notamment été rédactrice en chef de la revue philosophique EIS. Parmi ses travaux figure l'ouvrage La philosophie politique chez Hannah Arendt. Elle a également publié un texte intitulé « Qu'est-ce que la culture ? », ainsi que plusieurs articles consacrés à des questions philosophiques et sociales. Son parcours comprend par ailleurs une participation au réseau international des femmes philosophes de l'UNESCO. Depuis 2021, elle est également présentée comme membre fondatrice du Cercle de philosophie de Fujairah. Les présentations institutionnelles disponibles ne mentionnent pas toutes la même affiliation universitaire pour Malika Bendouda à différentes périodes. Il convient donc de distinguer ses fonctions passées de ses éventuelles activités académiques actuelles.« Philo Talk », une émission pour rendre la philosophie accessible
En dehors des universités, Malika Bendouda s'est fait connaître grâce à une émission télévisée consacrée à la philosophie. Elle a créé et présenté Philo Talk, un programme composé de 24 épisodes abordant des questions philosophiques, sociales et politiques. L'objectif était de rendre des notions parfois considérées comme complexes accessibles à un public plus large, en les reliant aux interrogations de la vie quotidienne et aux débats de société. Cette expérience constitue un autre volet de son parcours : celui de la transmission des idées au-delà du cadre universitaire. Elle lui a permis de développer une pratique de la vulgarisation et de présenter des sujets intellectuels dans un format destiné au grand public.Un premier passage au ministère entre 2020 et 2021
Une nomination en janvier 2020
Malika Bendouda est nommée ministre de la Culture le 4 janvier 2020, dans le premier gouvernement dirigé par Abdelaziz Djerad. Elle est reconduite à ce poste le 23 juin 2020, avec un intitulé élargi à celui de ministre de la Culture et des Arts. Elle succède à Hassane Rabehi et rejoint ainsi les femmes qui ont dirigé ce département ministériel en Algérie, après notamment Khalida Toumi, Nadia Labidi et Meriem Merdaci. Sa nomination marque l'arrivée au ministère d'une universitaire dont le parcours est principalement lié à la philosophie, à la recherche et à la transmission des connaissances.Une fin de mandat en juillet 2021
Son premier passage au gouvernement prend fin le 8 juillet 2021. Wafaa Chaalal lui succède à la tête du ministère de la Culture et des Arts. Durant cette première période, Malika Bendouda participe notamment à des initiatives visant à valoriser des figures intellectuelles algériennes et à renforcer leur visibilité dans les institutions culturelles.Un hommage à Malek Bennabi
Parmi les initiatives de son premier mandat figure un hommage au penseur algérien Malek Bennabi. Lors de l'ouverture d'une conférence nationale consacrée à son œuvre, Malika Bendouda a évoqué la nécessité de mieux faire connaître sa contribution intellectuelle. Le ministère avait également annoncé des initiatives destinées à inscrire durablement sa mémoire dans le paysage culturel national, notamment à travers une salle de la Bibliothèque nationale portant son nom et l'organisation d'une conférence annuelle. Cette démarche s'inscrivait dans une volonté de valoriser les grandes figures de la pensée algérienne et de renforcer leur place dans la programmation culturelle. L'hommage à Malek Bennabi illustre ainsi l'intérêt accordé, durant cette période, à la transmission du patrimoine intellectuel et à la diffusion des travaux de penseurs algériens.Le retour à la tête du ministère en septembre 2025
Malika Bendouda retrouve le ministère de la Culture et des Arts en septembre 2025, à la faveur de la formation d'un nouveau gouvernement. Elle succède à Zouhir Ballalou et prend ses fonctions le 15 septembre 2025, sous la présidence d'Abdelmadjid Tebboune et dans le gouvernement dirigé par Sifi Ghrieb. Lors de la passation de pouvoirs, elle a exprimé sa reconnaissance pour cette nouvelle nomination et évoqué les grandes orientations de son action. Elle a notamment souligné que la gestion du secteur culturel ne devait pas se limiter aux aspects administratifs. Elle a également exprimé sa volonté de préserver la liberté de création, de défendre les droits des artistes et de renforcer le rôle de la culture dans la valorisation de l'identité nationale et le rayonnement de l'Algérie à l'international. Ces orientations associent plusieurs dimensions : le soutien aux professionnels, la préservation du patrimoine, l'organisation des institutions culturelles et la présence de la culture algérienne à l'étranger. Amel Abdellatif biographie et parcours professionnelLes deux mandats en un coup d'œil
| Élément | Premier mandat | Second mandat |
| Période | 4 janvier 2020 – 8 juillet 2021 | Depuis le 15 septembre 2025 |
| Chef du gouvernement | Abdelaziz Djerad | Sifi Ghrieb |
| Président | Abdelmadjid Tebboune | Abdelmadjid Tebboune |
| Prédécesseur | Hassane Rabehi | Zouhir Ballalou |
| Successeur | Wafaa Chaalal | En fonction à la date de rédaction |
Les principaux chantiers de 2025-2026
Depuis son retour au ministère, l'activité publique de Malika Bendouda s'articule autour de plusieurs axes : le livre, le cinéma, la gestion des structures culturelles, les infrastructures et la diplomatie culturelle.Le livre et la lecture
La 28e édition du Salon international du livre d'Alger (SILA), organisée en 2025, a constitué l'un des rendez-vous importants de l'agenda culturel national. Selon les chiffres communiqués par les organisateurs et relayés par la presse culturelle, l'événement a accueilli plus de six millions de visiteurs. Un pic de 850 000 personnes aurait été enregistré au cours d'une seule journée, le 7 novembre. Le salon a également réuni 1 258 exposants issus de 49 pays et présenté quelque 140 000 titres. Ces données témoignent de la place occupée par le SILA dans la vie culturelle algérienne, même si leur interprétation dépend des méthodes de comptage retenues par les organisateurs. À cette occasion, Malika Bendouda a exprimé sa volonté de faire du livre un compagnon quotidien des Algériens. Cette orientation met l'accent sur la lecture publique, la diffusion des ouvrages et l'accès à la production éditoriale.Le cinéma : vers une politique plus structurée
Le cinéma figure également parmi les dossiers mis en avant par la ministre. En juin 2026, elle a évoqué la nécessité de dépasser le seul soutien à la production pour mettre en place une politique nationale plus globale en faveur des auteurs et de l'industrie cinématographique. Elle a notamment présenté l'activation du Fonds national de développement de la technique et de l'industrie cinématographique comme une étape importante pour le secteur. Un tel mécanisme est destiné à accompagner le développement des activités cinématographiques, même si ses effets concrets dépendent des modalités de financement, de gestion et d'attribution des aides. La ministre a également évoqué une série de timbres commémoratifs consacrés aux femmes et aux hommes du cinéma algérien, à l'occasion de la Journée nationale de l'artiste. En février 2026, elle avait par ailleurs présidé à Constantine la première projection d'honneur du film historique Ahmed Bey. Ces initiatives s'inscrivent dans une approche qui associe soutien à la création, valorisation des figures du cinéma national et développement des mécanismes institutionnels du secteur.La gouvernance culturelle locale
En janvier 2026, Malika Bendouda a lancé à Alger des rencontres d'évaluation avec les directeurs de wilaya de la culture, autour du thème « De l'administration au management ». Les échanges ont notamment porté sur l'organisation des services culturels, l'efficacité de leur fonctionnement et l'adaptation de leur gestion aux besoins locaux. La ministre a également évoqué les conséquences de la création de nouvelles wilayas sur la carte culturelle nationale. Cette évolution administrative implique en effet de réfléchir à la répartition des responsabilités, aux infrastructures disponibles et à l'accès aux activités culturelles dans les territoires concernés. L'objectif affiché est de renforcer la performance des structures et de mieux intégrer la culture dans le développement local.Les infrastructures et la présence sur le terrain
Les déplacements dans les wilayas occupent une place importante dans l'activité publique de la ministre. En février 2026, à Constantine, elle a inspecté une annexe de maison de la culture et la bibliothèque principale de lecture publique, où elle a installé une nouvelle directrice. En juillet 2026, à Batna, elle a supervisé l'ouverture de la salle de spectacle du théâtre régional après des travaux de rénovation. Le bâtiment, dont l'histoire remonte à 1899, fait partie du patrimoine architectural et culturel de la ville. Elle a également assisté à la clôture du Festival international de Timgad, rendez-vous consacré à la musique et aux spectacles. Ces déplacements permettent de suivre les opérations de rénovation, la gestion des équipements et le déroulement des manifestations culturelles. Leur impact à long terme dépendra notamment de la continuité des activités, de l'entretien des infrastructures et de leur fréquentation par le public.Le soft power et la diplomatie culturelle
En août 2026, Malika Bendouda a coprésidé à Alger, avec le ministre de la Communication Zouhir Bouamama, un séminaire national intitulé « Soft power algérien : vers l'établissement d'une stratégie nationale d'influence ». Les discussions ont porté sur la valorisation des symboles nationaux et sur la place de la culture dans le rayonnement international du pays. Le soft power désigne la capacité d'un pays à exercer une influence par sa culture, ses valeurs, ses productions artistiques et son image, plutôt que par la seule puissance économique ou militaire. Dans cette perspective, la promotion du patrimoine, du cinéma, de la musique, de la littérature et des artistes algériens à l'étranger peut contribuer à renforcer la visibilité du pays. Le séminaire a ainsi mis en avant l'idée d'une stratégie nationale d'influence culturelle. Il convient toutefois de distinguer cette orientation annoncée de ses résultats futurs, qui dépendront des mesures effectivement adoptées et de leur mise en œuvre.Récapitulatif des principaux axes
| Axe | Exemple d'action | Période |
| Livre et lecture | 28e édition du SILA | Novembre 2025 |
| Gouvernance | Rencontres avec les directeurs de wilaya | Janvier 2026 |
| Cinéma | Fonds national et projection du film Ahmed Bey | Février et juin 2026 |
| Infrastructures | Réouverture de la salle du théâtre régional de Batna | Juillet 2026 |
| Diplomatie culturelle | Séminaire sur la stratégie nationale de soft power | Août 2026 |
Reconnaissance et débats autour de la politique culturelle
Une distinction dans le domaine du patrimoine
En 2026, l'Union arabe des médias du patrimoine lui a décerné le titre de « Personnalité du patrimoine de l'année 2026 ». Cette distinction met en avant la place accordée au patrimoine dans son activité ministérielle et dans les orientations présentées publiquement par le département de la Culture et des Arts. Elle s'inscrit dans un contexte où la préservation des monuments, la transmission des traditions, la valorisation des figures historiques et la diffusion du patrimoine culturel constituent des enjeux importants pour les institutions culturelles.Le débat autour de l'ouvrage Les Identités rebelles
En avril 2026, Malika Bendouda a rencontré la sociologue Fatima Ousseddik, autrice de l'ouvrage Les Identités rebelles. Le livre avait suscité des discussions dans le paysage culturel algérien, notamment après l'annulation d'une séance de dédicace prévue dans une librairie de la capitale. Cette rencontre a attiré l'attention sur les questions liées à la diffusion des œuvres, à la liberté de création et à la place des différentes expressions culturelles dans le débat public. Les informations disponibles ne permettent toutefois pas d'établir précisément les circonstances de l'annulation ni d'attribuer une responsabilité particulière à la ministre dans cet épisode. Cet événement s'inscrit dans une réflexion plus large sur les rapports entre création artistique, débats intellectuels et politique culturelle. Il rappelle que les institutions chargées de la culture doivent composer avec des attentes diverses, notamment en matière de soutien aux artistes, de valorisation du patrimoine et de circulation des idées.Une approche centrée sur la structuration du secteur
Plusieurs éléments se dégagent des interventions publiques de Malika Bendouda depuis son retour au ministère.- Une approche universitaire : son parcours de philosophe se retrouve dans ses interventions, où les notions de culture, d'identité, de souveraineté culturelle et de gouvernance occupent une place importante.
- Une présence sur le terrain : ses déplacements dans les wilayas et ses visites d'infrastructures culturelles font partie des activités régulièrement relayées par les médias.
- Une attention portée à l'identité culturelle : elle met en avant la valorisation du patrimoine et des références culturelles nationales, tout en affirmant son attachement à la liberté de création.
- Une volonté de structuration : ses déclarations font régulièrement référence à l'organisation des institutions, à la formation, aux mécanismes de financement et à l'évaluation des politiques culturelles.


























