L'Algérie compte près de 18 449 mosquées recensées à travers le territoire national, selon les chiffres du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs. Un chiffre vertigineux qui cache pourtant une question toute simple : parmi toutes ces mosquées d'Algérie, lesquelles méritent vraiment le détour ?
Entre records mondiaux tout juste battus, vestiges almoravides vieux de neuf siècles et lieux de culte qui ont traversé colonisation puis indépendance sans perdre une pierre de leur histoire, le patrimoine religieux algérien n'a rien à envier à ses voisins. Chaque mosquée d'Algérie raconte une époque, une dynastie, parfois même un drame. Voici le classement des 7 mosquées les plus impressionnantes du pays, du plus discret au véritable monument national qui truste tous les records.
Aujourd'hui, la mosquée Ketchaoua accueille environ 1 200 fidèles, place Ibn Badis, en plein cœur de la basse Casbah, à quelques pas de la place des Martyrs. Une visite complète, extérieur et intérieur compris, prend en moyenne une heure — largement suffisant pour mesurer à quel point ce lieu concentre à lui seul près de six siècles d'histoire algéroise.
Les espaces accessibles aux visiteurs sont généralement ouverts tous les jours de 9h à 17h, avec des horaires pouvant varier selon les événements religieux. Pour s'y rendre, plusieurs bus et taxis desservent le quartier de Mohammadia, à l'est d'Alger, près de l'Oued El Harrach.
Des vestiges almoravides de Tlemcen à la démesure de Djamaâ El Djazaïr, en passant par la mémoire coloniale de Ketchaoua et les origines du 7e siècle à Biskra, les mosquées d'Algérie racontent quinze siècles d'histoire à elles seules. Chacune porte une identité propre — architecturale, spirituelle ou politique — qui reflète les grandes étapes de l'histoire du pays.
Et vous, laquelle de ces mosquées d'Algérie rêvez-vous de visiter en premier : le géant moderne de Mohammadia, ou la doyenne millénaire de Biskra ?
Mosquée Émir Abdelkader — Constantine, le panorama qui change tout
On commence ce classement des mosquées d'Algérie avec une valeur sûre de l'Est du pays. Perchée sur les hauteurs de Constantine, la mosquée Émir Abdelkader offre l'une des plus belles vues religieuses du pays, dominant les célèbres gorges du Rhummel qui font la réputation de la ville des ponts suspendus. Contrairement aux mosquées historiques du top de ce classement, celle-ci mise sur une architecture plus contemporaine, pensée pour s'intégrer au relief spectaculaire de Constantine. Le résultat : un décor où le bâtiment religieux et le paysage naturel se répondent parfaitement, faisant de ce lieu un passage quasi obligé pour quiconque visite la ville.- Ville : Constantine
- Atout majeur : panorama sur les gorges du Rhummel
- Pourquoi la visiter : l'alliance rare entre architecture religieuse et cadre naturel spectaculaire
Djamaâ El Djedid — Alger, la mosquée aux coupoles ottomanes
Direction la capitale pour la sixième place de ce classement des mosquées d'Algérie. Sur le front de mer d'Alger, à deux pas de la place des Martyrs, la Djamaâ El Djedid — littéralement « la nouvelle mosquée » — se reconnaît entre mille grâce à ses coupoles en forme de croix grecque, signature caractéristique de l'architecture ottomane transposée en terre algérienne. Construite en 1660 pour les Turcs de rite hanafite, elle tranche volontairement avec le style almoravide plus ancien qu'on retrouve ailleurs dans la ville. Sa position, en plein cœur du front de mer algérois, en a longtemps fait un point de repère pour les marins et les commerçants qui arrivaient au port. Aujourd'hui encore, elle reste l'un des monuments religieux les plus photographiés d'Alger.- Construction : 1660
- Style : ottoman, coupoles en croix grecque
- Emplacement : front de mer d'Alger, près de la place des Martyrs
- Rite d'origine : hanafite
Djamaâ El Kebir — la doyenne d'Alger
Cinquième place pour un monument qui n'a plus rien à prouver : la Djamaâ El Kebir, ou Grande Mosquée d'Alger, est l'une des plus anciennes mosquées de la capitale, bâtie dès le 11e siècle. Attention à ne pas la confondre avec la nouvelle Grande Mosquée d'Alger de Mohammadia, qui porte un nom similaire mais appartient à une tout autre époque — nous y reviendrons en tête de ce classement. Sa salle de prière à colonnades, typique du style almoravide, lui a valu au fil des siècles le surnom populaire de « mosquée aux cent colonnes ». Une architecture sobre mais impressionnante par sa profondeur, qui témoigne du raffinement des premiers grands édifices religieux construits en Algérie après l'arrivée de l'islam. Nichée en plein cœur de la médina d'Alger, elle continue d'accueillir quotidiennement des fidèles dans un cadre presque millénaire.- Construction : 11e siècle
- Style : almoravide, salle à colonnades
- Surnom : la mosquée aux cent colonnes
- Emplacement : médina d'Alger
Mosquée Sidi Okba — Biskra, la mémoire du 7e siècle
Impossible de parler des mosquées d'Algérie sans remonter aux toutes premières origines de l'islam dans le pays. À Biskra, la mosquée Sidi Okba occupe une place à part : édifiée au 7e siècle, elle compte parmi les plus anciennes mosquées de toute l'Afrique du Nord. Elle porte le nom du général musulman Okba Ibn Nafi, qui a conquis l'Afrique du Nord en 670 après J.-C. — et sa dépouille repose d'ailleurs juste à côté du bâtiment, faisant de ce lieu un site de mémoire autant qu'un lieu de culte actif. Considérée comme un exemple exceptionnel d'architecture islamique précoce, elle a connu plusieurs modifications au fil des siècles sans jamais perdre son plan d'origine : un grand hall de prière, un minaret, une cour intérieure et une salle réservée aux femmes. Ce qui frappe particulièrement chez Sidi Okba, c'est sa simplicité assumée. Loin du faste ottoman ou de la démesure contemporaine, elle incarne l'islam des origines, celui des premières conquêtes et des premiers bâtisseurs en Afrique du Nord.- Construction : 7e siècle
- Particularité : l'une des plus anciennes mosquées d'Afrique du Nord
- Lieu de mémoire : tombeau du général Okba Ibn Nafi
Grande Mosquée de Tlemcen — le chef-d'œuvre almoravide
On grimpe encore d'un cran avec LA référence de l'architecture médiévale algérienne. Édifiée en 1136 par l'émir almoravide Ali Ben Youssef, puis remaniée en 1236 par le sultan zianide Yaghmoracen Ibn Zyan, la Grande Mosquée de Tlemcen fait partie des trois seuls monuments almoravides encore debout dans le pays, aux côtés de la Grande Mosquée d'Alger et de celle de Nedroma. Ce qui frappe en poussant les portes de cet édifice, c'est sa richesse décorative, rare pour l'époque almoravide : marbre, plâtre sculpté et ajouré, céramique et bois se succèdent dans un décor d'une finesse remarquable. À l'intérieur :- 13 nefs réparties sur six travées
- Des arcs en plein cintre outrepassé, brisés ou lobés, soutenus par des piliers maçonnés
- Une coupole centrale ornée qui couronne le mihrab pour la première fois dans l'histoire de l'art almoravide
- Un minaret ajouté en 1236 par le sultan Yaghmoracen, en parfaite harmonie avec l'ensemble
Mosquée Ketchaoua — la survivante de la Casbah
En deuxième position de ce classement des mosquées d'Algérie : la mosquée qui a traversé le plus de bouleversements du pays — presque un roman à elle seule. Bâtie une première fois en 1436 par la tribu Rebaï à un endroit alors appelé « le plateau des chèvres » (Keçi Ova en turc, d'où son nom), elle est reconstruite vers 1613 sous la Régence ottomane, puis agrandie en 1794 sous le Dey Hassan avec de somptueuses calligraphies coraniques peintes par le maître ottoman Ibrahim Jakarhi. Puis vient le tournant décisif de son histoire. En 1832, au lendemain de la conquête française d'Alger, la mosquée Ketchaoua est réquisitionnée et transformée en cathédrale catholique sous le nom de Saint-Philippe. L'édifice est rasé puis reconstruit jusqu'en 1890 dans un style mêlant néo-byzantin et néo-mauresque, perdant au passage son minaret d'origine au profit de deux tours de campanile. Il faudra attendre l'indépendance, en 1962, pour qu'elle redevienne mosquée. Trente ans plus tard, en 1992, elle est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO avec l'ensemble de la Casbah d'Alger, avant une importante restauration menée en coopération avec la Turquie (TIKA) entre 2008 et 2018.
| Année | Événement clé |
| 1436 | Première construction par la tribu Rebaï |
| 1613 | Reconstruction sous la Régence ottomane |
| 1794 | Agrandissement, calligraphies d'Ibrahim Jakarhi |
| 1832 | Transformation en cathédrale Saint-Philippe |
| 1962 | Retour au culte musulman à l'indépendance |
| 1992 | Classement au patrimoine mondial de l'UNESCO |
| 2018 | Réouverture après restauration turque |
La Grande Mosquée d'Alger — le monument qui détrône tout le monde
Et voici la réponse à l'intrigue : la plus belle mosquée d'Algérie n'est ni la plus ancienne, ni la plus discrète — c'est aussi, tout simplement, l'une des plus grandes mosquées du monde. Inaugurée officiellement en 2024 dans le quartier de Mohammadia, à l'est d'Alger, Djamaâ El Djazaïr écrase littéralement la concurrence par ses chiffres :- Troisième plus grande mosquée au monde, derrière La Mecque et Médine
- 400 000 m² de superficie totale sur un complexe de 30 hectares
- 36 000 fidèles rien que dans la salle principale, jusqu'à 120 000 visiteurs accueillis quotidiennement sur l'ensemble du site
- Un minaret de 265 mètres, le plus haut du monde, doté d'une plateforme d'observation offrant une vue imprenable sur la baie d'Alger et la Méditerranée
- Une coupole centrale de 50 mètres de diamètre, culminant à 70 mètres, reprenant les codes traditionnels du dôme muqarnas
Les espaces accessibles aux visiteurs sont généralement ouverts tous les jours de 9h à 17h, avec des horaires pouvant varier selon les événements religieux. Pour s'y rendre, plusieurs bus et taxis desservent le quartier de Mohammadia, à l'est d'Alger, près de l'Oued El Harrach.
Des vestiges almoravides de Tlemcen à la démesure de Djamaâ El Djazaïr, en passant par la mémoire coloniale de Ketchaoua et les origines du 7e siècle à Biskra, les mosquées d'Algérie racontent quinze siècles d'histoire à elles seules. Chacune porte une identité propre — architecturale, spirituelle ou politique — qui reflète les grandes étapes de l'histoire du pays.
Et vous, laquelle de ces mosquées d'Algérie rêvez-vous de visiter en premier : le géant moderne de Mohammadia, ou la doyenne millénaire de Biskra ?





























