Aux origines d'un mythe : 1898-1926
L'histoire du CSC commence officiellement en 1898, dans un contexte où le sport organisé par et pour la population musulmane de Constantine relevait presque de l'acte militant. Un groupe d'amis constantinois, réunis autour du Cercle Salah Bey Constantinois (CSBC) installé dans la vieille ville, décide de créer une structure dédiée au football : l'Ikbal Émancipation. Le nom n'est pas anodin — « Ikbal » signifiant progrès ou prospérité en arabe, et « Émancipation » traduisant explicitement l'ambition politique et sociale derrière ce projet sportif. Le premier comité du club se réunit à la ferme Bencheikh Lefgoun Sarkina, et les couleurs choisies — le vert et le noir — sont d'emblée chargées de sens : elles symbolisent « l'espérance en deuil », un condensé de la condition algérienne de l'époque. Entre 1909 et 1912, l'administration coloniale s'empare du nom de l'association et en détourne l'activité, poussant les véritables dirigeants dans la clandestinité. Le club renaît alors sous une nouvelle appellation : l'Étoile Club Musulman Constantinois (ECMC), actif de 1916 à 1918. Cette période, bien que courte en raison de la Première Guerre mondiale, est marquée par un exploit fondateur : en juin 1917, l'ECMC devient champion d'Afrique du Nord, en battant successivement le Red-Star d'Alger, puis le Stade gaulois à Tunis sur le score de 4-2. Un premier titre continental, symbolique, qui ancre déjà le club dans une histoire de résistance sportive face à la domination coloniale. C'est finalement le 26 juin 1926 que naît officiellement le Club Sportif Constantinois, nom qui, malgré quelques variations ultérieures (Nadi Riadhi Kassentini en 1971, Chabab Sakhr Cirta en 1972, Chabab Mécanique de Constantine de 1977 à 1987), demeure la référence jusqu'à aujourd'hui. Notons que la question de la « vraie » date de fondation reste débattue : la Ligue de football professionnel algérienne reconnaît officiellement 1898, tandis que certains historiens contestent la continuité directe entre l'Ikbal Émancipation et le CSC moderne.Un club forgé par la guerre d'indépendance
Le CSC n'est pas qu'une histoire de trophées. Il est aussi, et peut-être surtout, une histoire d'hommes qui ont payé de leur vie l'indépendance de leur pays. Durant la Seconde Guerre mondiale, l'activité du club se réduit fortement, avant de se réorganiser sous le nom de « Club Populaire de Constantine ». Puis, avec le déclenchement de la guerre d'Algérie en novembre 1954, le club cesse purement et simplement son activité de 1955 à 1962. Ce silence sportif cache une implication humaine considérable : le CSC a donné pas moins de 49 martyrs à la cause nationale — joueurs, athlètes et dirigeants tombés pendant la révolution. Parmi eux, Messaoud Boudjeriou, dit « Messaoud Leksentini », chef de la Zone 5 de la Wilaya II historique, ainsi que le boxeur Saïd Bouali, dit « La Motta ». Aujourd'hui encore, plusieurs écoles et institutions publiques de Constantine portent le nom d'anciens membres du club tombés au combat — un ancrage mémoriel rare pour un club de football.Le grand retour et le premier sacre (1969-1997)
Après l'indépendance, le club met du temps à retrouver son lustre. Ce n'est qu'en 1969-70, après avoir terminé deuxième de la Division d'Honneur puis remporté le titre de Nationale II, que le CSC réalise deux accessions consécutives et rejoint la Nationale I (l'ancêtre de la Ligue 1). Dès sa première saison en 1970-71, le club décroche le titre de vice-champion d'Algérie — un exploit qui restera son unique satisfaction majeure de toute la décennie 1970. La même saison, le CSC participe à l'une des plus longues séances de tirs au but de l'histoire du football, en Coupe d'Algérie face au CR Belouizdad : 49 tirs à 48. Les années 1980 sont en revanche qualifiées par les historiens du club de « années sombres » : le CSC ne dispute qu'une seule saison en Ligue 1 sur toute la décennie (1986-87), et s'incline en demi-finale de Coupe d'Algérie face au JS Bordj Menaïel. Il faut attendre 1992 pour une nouvelle demi-finale de Coupe, perdue aux tirs au but contre l'ASO Chlef. Le tournant survient en 1994, avec un quatrième titre de champion de Ligue 2 obtenu en dominant très largement le championnat, y compris lors du derby constantinois face au MOC (3-0 puis 2-0). Promu, le club met alors trois ans à bâtir l'équipe qui entrera dans l'histoire : celle du sacre 1996-97, premier titre de champion d'Algérie du CSC, porté par une génération de joueurs devenus légendaires localement — Isaad Bourahli, surnommé « le renard des surfaces », Mouloud Kaoua, Réda Matem, Salim Laïb, Hassen Ghoula et Sid Ahmed Benamara. La même saison, le club atteint la finale du tournoi international Black Stars à Paris après avoir éliminé le club sénégalais de l'ASC Diaraf en demi-finale.Le renouveau des années 2010
Après une longue traversée du désert en deuxième division, le CSC retrouve la Ligue 1 en 2011, pour la sixième fois de son histoire côté accession, via un nouveau titre de champion de Ligue 2 — un record national que le club conserve encore aujourd'hui avec six titres dans cette division. L'arrivée de l'entraîneur français Roger Lemerre, ancien champion d'Europe 2000 avec la France, marque un tournant qualitatif : le CSC termine troisième du championnat 2012-13 et se qualifie pour la Coupe de la Confédération africaine. Son successeur, le franco-italien Diego Garzitto, poursuit sur cette lancée et conduit le club à établir le record de la plus longue série sans défaite de l'histoire du championnat d'Algérie : 26 matchs consécutifs, à cheval sur deux saisons. Cette période est aussi marquée par un épisode insolite : à deux reprises durant la saison 2013-14, le CSC dispute deux matchs officiels le même jour, sur deux continents différents, en raison d'un calendrier fédéral trop serré.L'apogée continentale : 2017-2019
Vingt et un ans après son premier sacre, le CSC renoue avec le titre national lors de la saison 2017-18, sous la houlette de l'entraîneur algérien Abdelkader Amrani. Cette deuxième couronne ouvre au club les portes de sa deuxième participation à la Ligue des champions de la CAF. C'est sous la direction du Français Denis Lavagne, arrivé après une Supercoupe d'Algérie perdue face à l'USM Bel-Abbès, que le club vit ses plus belles heures continentales. Lavagne établit un nouveau record : 12 victoires consécutives toutes compétitions confondues (championnat, Coupe d'Algérie et Ligue des champions) lors de la saison 2018-19. Sur la scène africaine, le CSC élimine le Club Africain en Tunisie, puis le TP Mazembe et l'Ismaily SC, pour atteindre des quarts de finale historiques de la Ligue des champions africaine — la meilleure performance continentale du club à ce jour. Il établit au passage un record algérien de clean-sheets en Ligue des champions CAF, avec six matchs consécutifs sans encaisser de but.Le palmarès du club
| Compétition | Titres | Détail |
| Championnat d'Algérie (Ligue 1) | 2 | 1996-97, 2017-18 |
| Ligue 2 (record national) | 6 | 1970, 1977, 1986, 1994, 2004, 2011 |
| Coupe d'Algérie | 0 | Meilleur résultat : demi-finaliste (1987, 1992, 2019, 2024) |
| Supercoupe d'Algérie | 0 | Finaliste en 2018 |
| Championnat d'Afrique du Nord (période coloniale) | 1 | 1917, avec l'ECMC |
Les figures marquantes du club
Les artisans du premier titre (1996-97)
- Isaad Bourahli — attaquant emblématique, surnommé « le renard des surfaces »
- Mouloud Kaoua, Réda Matem, Hassen Ghoula, Sid Ahmed Benamara — internationaux algériens
- Salim Laïb — futur recordman du club
Les records individuels en Ligue 1 (ère professionnelle, depuis 2010)
- Salim Laïb : joueur le plus capé (plus de 200 matchs) et meilleur buteur historique du club (plus de 64 buts)
- Mohamed Lamine Abid : meilleur buteur du championnat d'Algérie en 2020, auteur de 16 buts durant la saison du titre 2017-18
- Yassine Bezzaz : élu meilleur joueur espoir algérien par le journal Le Buteur en 2001
- Hamza Boulemdaïs : joueur le plus capé du club en Ligue 1 depuis 2010
Identité, supporters et rivalités
Le CSC porte fièrement ses couleurs vert et noir depuis 1898, et son emblème — un aigle — symbolise dans l'imaginaire collectif la force et la virilité. Ses supporters, appelés les Sanafirs (littéralement « les Schtroumpfs » en arabe, en référence à la mascotte du club vêtue de vert et noir), comptent parmi les plus reconnus d'Algérie pour la qualité de leurs animations et leur fair-play. L'ancien sélectionneur français Roger Lemerre, à l'issue de son passage au club, a d'ailleurs salué en eux « l'un des meilleurs supporters au monde », tandis que Claude Puel, alors entraîneur de l'OGC Nice venu disputer un match amical à Constantine, évoquait « quelque chose de très rare » dans l'ambiance du stade Chahid-Hamlaoui. Sur le plan des rivalités, deux affrontements structurent l'identité sportive du club :- Le derby constantinois, face au MO Constantine, né en 1939 d'une scission au sein même du CSC entre joueurs juniors et dirigeants ;
- Le derby de l'Est algérien (ou « Classico de l'Est »), face à l'Entente Sportive Sétifienne, l'un des chocs les plus intenses du football algérien depuis 1970.
Un club toujours en mouvement
Aujourd'hui présidé sportivement par des structures modernisées (le club évolue en société sportive par actions depuis les années 2010, avec l'ENTP comme actionnaire majoritaire depuis 2016), le CSC continue d'investir dans l'avenir : un centre de formation a été annoncé en 2020 près d'Aïn Smara, doté de six terrains et d'infrastructures modernes. Le club dispose également, depuis 2022, d'une section féminine — une première pour un club professionnel algérien répondant aux exigences de la FIFA et de la CAF en la matière. Entre mémoire coloniale, engagement pour l'indépendance et ambitions continentales contemporaines, le CS Constantine demeure, plus d'un siècle après sa fondation, l'un des piliers identitaires du football algérien — un club dont l'histoire dépasse largement le cadre du terrain.FAQ
Q : Quand le CS Constantine a-t-il été fondé ? R : Officiellement le 26 juin 1926, mais le club revendique 1898 (année de création de l'Ikbal Émancipation) comme véritable date de naissance — une filiation également reconnue par la Ligue de football professionnel algérienne.
Q : Pourquoi le surnomme-t-on « Le Doyen » ? R : Parce qu'il est considéré comme le plus ancien club de football d'Algérie, et l'un des plus anciens d'Afrique.
Q : Combien de titres de champion le club a-t-il remportés ? R : Seulement deux en Ligue 1 : 1996-97 et 2017-18.
Q : Le club a-t-il déjà gagné la Coupe d'Algérie ? R : Non, jamais. Son meilleur résultat est une demi-finale (1987, 1992, 2019, 2024).
Q : Quel est le record du club en Ligue 2 ? R : Six titres (1970, 1977, 1986, 1994, 2004, 2011), un record national.
Q : Quelle est la meilleure performance continentale du club ? R : Les quarts de finale de la Ligue des champions CAF en 2018-19, puis les demi-finales de la Coupe de la Confédération CAF en 2024-25.
Q : Qui est le meilleur buteur de l'histoire du club ? R : Salim Laïb, avec plus de 64 buts sur l'ère professionnelle (depuis 2010), également joueur le plus capé (plus de 200 matchs).
Q : Quel est le principal derby du club ? R : Le derby constantinois face au MO Constantine (MOC), auquel s'ajoute le derby de l'Est algérien face à l'ES Sétif.
Q : Quelles sont les couleurs du club et pourquoi ? R : Vert et noir, symbolisant « l'espérance en deuil », une allusion au contexte colonial dans lequel le club est né.
Q : Combien de martyrs le club a-t-il donné à la guerre d'indépendance ? R : 49 martyrs, parmi ses joueurs, athlètes et dirigeants.
Q : Que signifie « Sanafirs » pour les supporters du club ? R : C'est le surnom donné aux supporters du CSC, en référence à leur mascotte vêtue de vert et noir ; ils sont réputés parmi les plus organisés et fair-play d'Algérie.</p



































