Dans le paysage politique algérien contemporain, peu de figures incarnent aussi fidèlement la trajectoire du haut fonctionnaire devenu homme d'État que Brahim Merad. Né en 1953 à Batna, cet ancien wali multi-wilayas a gravi, patiemment et méthodiquement, tous les échelons de l'administration territoriale avant d'accéder aux plus hautes responsabilités gouvernementales sous la présidence d'Abdelmadjid Tebboune. Médiateur de la République, ministre de l'Intérieur pendant trois années charnières, directeur de campagne présidentielle, puis architecte d'un nouveau dispositif de lutte contre la corruption administrative : le parcours de Brahim Merad épouse, presque point pour point, les grandes évolutions institutionnelles de l'Algérie post-2019. Retour détaillé sur la carrière d'un homme resté, tout au long de sa trajectoire, fidèle à la culture du sérail administratif.
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Ce passage par l'ENA dessine d'emblée le profil d'un homme destiné à une carrière dans l'appareil territorial de l'État plutôt que dans l'arène partisane ou syndicale.
Ce passage par un aussi grand nombre de wilayas — près de neuf — est en soi remarquable : il témoigne d'une carrière mobilisée dans des territoires aux enjeux sécuritaires et économiques variés.
Son mandat le plus documenté est celui de wali de Tiaret, qu'il occupe durant près de sept années, de 2001 à 2008 — une longévité rare dans une fonction où la rotation est généralement plus rapide, et qui témoigne d'une stabilité et d'une confiance particulières accordées par le pouvoir central.
Durant ses trois années à ce poste, plusieurs actions marquantes ponctuent son action :
Une jeunesse et une formation ancrées dans le service public
Brahim Merad voit le jour le 22 août 1953 à Batna, dans les Aurès. Peu d'éléments publics existent sur son enfance et sa scolarité initiale, ce qui est somme toute cohérent avec la discrétion qui caractérisera l'ensemble de sa carrière. C'est à l'École nationale d'administration (ENA) d'Alger — institution qui forme depuis l'indépendance les cadres dirigeants algériens — qu'il reçoit sa formation, intégrant la 10ᵉ promotion.
Ce passage par l'ENA dessine d'emblée le profil d'un homme destiné à une carrière dans l'appareil territorial de l'État plutôt que dans l'arène partisane ou syndicale.
Une ascension patiente dans le corps préfectoral
C'est dans les fonctions de wali — représentant direct du pouvoir central dans chaque wilaya — que Brahim Merad construit l'essentiel de son expérience et de sa réputation. Sa carrière territoriale s'étend sur plus d'une décennie et le conduit dans des wilayas aux profils très différents.| Wilaya | Période (connue) | Caractéristiques de la wilaya |
| Annaba | 1995 – 1997 | Pôle industriel et portuaire |
| Tindouf | Non précisée | Wilaya du grand Sud-Ouest |
| Béchar | Non précisée | Wilaya saharienne |
| Oum El Bouaghi | Non précisée | Hauts Plateaux de l'Est |
| Aïn Defla | Non précisée | Région agricole du Nord-Ouest |
| Tiaret | Août 2001 – Mai 2008 | Wilaya agropastorale des Hauts Plateaux |
| Boumerdès | Non précisée | Wilaya côtière |
| Médéa | Non précisée | Wilaya du Tell central |
| Tizi Ouzou | Non précisée | Wilaya de Kabylie |
Conseiller présidentiel : le dossier des « zones d'ombre »
Avant d'accéder à des fonctions plus visibles, Brahim Merad occupe un poste de conseiller auprès de la Présidence de la République, chargé spécifiquement du dossier des « zones d'ombre ». Cette expression désigne, dans le vocabulaire administratif algérien, les régions et localités marquées par un déficit chronique d'infrastructures de base (eau potable, électricité, routes, écoles). Ce dossier deviendra plus tard une priorité affichée du président Tebboune, qui en fera un axe majeur de sa politique de développement territorial à partir de 2020.Médiateur de la République (2021-2022)
Le 21 mai 2021, un tournant s'opère dans la carrière de Brahim Merad : le président Abdelmadjid Tebboune le nomme Médiateur de la République, en remplacement de Karim Younès. Cette institution, chargée de servir d'interface entre les citoyens et l'administration pour le traitement des plaintes et des dysfonctionnements, constitue la première fonction de rang national confiée à Merad. Il l'occupe pendant environ un an et demi, jusqu'en décembre 2022 (et selon certaines sources jusqu'en septembre de la même année, avant sa nomination ministérielle).Ministre de l'Intérieur, des Collectivités locales et de l'Aménagement du territoire (2022-2025)
Le 9 septembre 2022, Brahim Merad prend officiellement ses fonctions à la tête du ministère de l'Intérieur, des Collectivités locales et de l'Aménagement du territoire, en remplacement de Kamel Beldjoud, à la faveur d'un remaniement décidé par le président Tebboune. Ce ministère supervise l'ensemble du maillage territorial (walis, daïras, communes), la sécurité intérieure administrative, l'état civil, les élections locales et l'aménagement du territoire.
Durant ses trois années à ce poste, plusieurs actions marquantes ponctuent son action :
- Un vaste mouvement dans le corps préfectoral : dès la fin septembre 2022, il procède à un large mouvement parmi les secrétaires généraux de wilayas, avec des mutations et des fins de fonctions touchant plusieurs dizaines de cadres.
- La poursuite du dossier des « zones d'ombre ».
- La supervision d'échéances électorales locales, le ministère de l'Intérieur étant l'organe technique central pour l'organisation des scrutins avant la création de l'Autorité nationale indépendante des élections.
- La direction de la campagne présidentielle de 2024 : le 5 août 2024, il est désigné directeur de la campagne électorale d'Abdelmadjid Tebboune, candidat à sa propre succession lors de la présidentielle anticipée du 7 septembre 2024. Le cumul de cette responsabilité politique avec ses fonctions ministérielles alimente d'ailleurs des interrogations dans la presse quant à un possible intérim : le secrétaire général du ministère, Laarbi Merzoug, assure effectivement une partie de la gestion courante durant cette période.
Ministre d'État chargé de l'Inspection des services de l'État (depuis septembre 2025)
Le 14 septembre 2025, dans le cadre de la formation du gouvernement dirigé par le Premier ministre Sifi Ghrieb, le président Tebboune crée un poste inédit : celui de ministre d'État, chargé de l'Inspection des services de l'État et des Collectivités locales. Brahim Merad en prend les rênes dès le lendemain, 15 septembre 2025. Ce nouveau ministère répond à un objectif clairement affiché par la présidence : renforcer le contrôle et l'évaluation du fonctionnement de l'administration à tous les échelons, identifier les dysfonctionnements, lutter contre les abus de pouvoir et les pratiques de corruption, et restaurer la confiance entre les citoyens et l'administration. Le choix de confier cette mission à Brahim Merad s'appuie sur son expérience cumulée — wali de multiples wilayas, Médiateur de la République, ministre de l'Intérieur — qui en fait l'un des rares hauts responsables à connaître aussi intimement les rouages de l'administration territoriale algérienne, ses forces et ses failles.Chronologie récapitulative
| Date | Fonction |
| 22 août 1953 | Naissance à Batna |
| 1995 – 1997 | Wali d'Annaba |
| Août 2001 – Mai 2008 | Wali de Tiaret |
| Non précisé | Wali de Tindouf, Béchar, Oum El Bouaghi, Aïn Defla, Boumerdès, Médéa, Tizi Ouzou |
| Non précisé | Conseiller à la Présidence, dossier des « zones d'ombre » |
| 20-21 mai 2021 | Médiateur de la République |
| 9 septembre 2022 | Ministre de l'Intérieur, des Collectivités locales et de l'Aménagement du territoire |
| 5 août 2024 | Directeur de la campagne électorale d'Abdelmadjid Tebboune |
| 15 septembre 2025 | Ministre d'État, chargé de l'Inspection des services de l'État et des Collectivités locales |
Vie personnelle
Brahim Merad est marié et père de cinq enfants. Comme beaucoup de hauts fonctionnaires algériens de sa génération, il conserve une vie privée peu médiatisée, en cohérence avec la culture de retenue qui caractérise le corps préfectoral algérien. Sifi Ghrieb biographie et parcours professionnelPortrait d'un profil institutionnel
Plusieurs traits ressortent de l'ensemble de ce parcours :- La continuité plutôt que la rupture : contrairement à des carrières politiques marquées par des ancrages partisans forts, celle de Brahim Merad se construit presque exclusivement dans l'appareil d'État.
- La polyvalence territoriale : peu de responsables algériens peuvent se targuer d'avoir administré un aussi grand nombre de wilayas aux profils géographiques et économiques variés.
- La proximité avec le président Tebboune : chacune de ses nominations majeures depuis 2021 (Médiateur, ministre de l'Intérieur, directeur de campagne, ministre d'État) découle directement de décisions présidentielles.
- Une spécialisation progressive dans le contrôle et la transparence administrative, qui trouve son aboutissement avec la création, en 2025, d'un ministère entièrement dédié à cette mission.


























