La finance islamique en Algérie pourrait franchir une nouvelle étape dans son développement. Des mesures fiscales prévues dans le cadre du projet de loi de finances 2027 devraient permettre de réduire le coût de certains produits de financement conformes aux principes de la finance islamique et de les placer sur un pied d’égalité avec les financements bancaires classiques en matière de charges fiscales. Cette évolution intervient dans un contexte de croissance soutenue du secteur, qui enregistre une progression annuelle estimée à 20 %.
Selon Sofiane Mezari, expert en finance islamique et membre de la commission dédiée à cette activité au sein de l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers (ABEF), les nouvelles dispositions visent à corriger l’une des principales difficultés rencontrées par les financements islamiques : les différences de traitement fiscal liées à la nature des contrats et des opérations bancaires.
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Le PLF 2027 prévoit de mettre fin aux inégalités fiscales entre banques islamiques et classiques
Dans une déclaration au quotidien Echorouk, Sofiane Mezari a révélé l’introduction de nouvelles mesures dans le projet de loi de finances 2027. Celles-ci visent à instaurer une égalité fiscale entre les financements islamiques et conventionnels, notamment concernant les droits et taxes liés aux transactions immobilières.
L’objectif est de supprimer les charges supplémentaires que supportent certaines formules de financement islamique par rapport aux opérations bancaires classiques. Les clients pourraient ainsi choisir entre les deux systèmes sans subir un surcoût fiscal lié à la nature du financement.
L’un des principaux problèmes concernés est celui de la double imposition, qui peut intervenir dans certaines opérations de finance islamique en raison de la succession des transactions juridiques nécessaires à leur réalisation.
C’est notamment le cas de la Mourabaha immobilière. Dans ce mécanisme, la banque achète d’abord le bien immobilier avant de le revendre au client avec une marge bénéficiaire convenue à l’avance. Cette succession d’opérations peut entraîner des frais supplémentaires liés aux transferts de propriété, rendant parfois le financement islamique plus coûteux.
L’harmonisation fiscale annoncée devrait donc permettre de corriger cette différence et de renforcer la compétitivité des produits islamiques sur le marché bancaire national.
Mourabaha, Ijara, Istisna : quels financements pourraient bénéficier de ces mesures ?
Les nouvelles dispositions présentent un intérêt particulier pour les financements immobiliers, qui représentent l’un des principaux segments de la finance islamique en Algérie.
Plusieurs formules sont proposées sur le marché, notamment la Mourabaha, l’Ijara avec option de propriété et l’Istisna. Ces mécanismes permettent aux particuliers et aux entreprises d’accéder à des financements selon des contrats différents de ceux des crédits bancaires classiques.
La Mourabaha repose sur l’achat d’un bien par la banque, qui le revend ensuite au client avec une marge bénéficiaire connue dès la signature du contrat. Le prix final et les échéances sont définis à l’avance.
L’Ijara avec option de propriété fonctionne selon un principe de location : la banque met un bien à la disposition du client en contrepartie de loyers déterminés, avec la possibilité de transférer la propriété à ce dernier à la fin du contrat, conformément aux conditions convenues.
L’Istisna, quant à lui, permet de financer la fabrication ou la réalisation d’un bien selon des caractéristiques préalablement définies entre les différentes parties. Cette formule peut notamment concerner certains projets immobiliers.
Les ajustements fiscaux prévus dans le PLF 2027 devraient alléger les charges associées à certaines de ces opérations, notamment à travers la révision de l’assiette de calcul des droits d’enregistrement et la suppression de certaines charges liées aux transactions concernées.
13 banques proposent des services de finance islamique en Algérie
Parallèlement aux réformes fiscales annoncées, la finance islamique poursuit son expansion en Algérie et occupe une place de plus en plus importante dans l’offre bancaire nationale.
Selon Sofiane Mezari, le secteur enregistre une croissance annuelle supérieure à 20 %, près de six ans après le lancement de cette activité sur le marché algérien.
Les données présentées par l’expert font état d’environ 13 banques proposant des produits et services conformes aux principes de la finance islamique. La part de ce segment dans le marché bancaire national est actuellement estimée entre 6 et 7 %, avec une possibilité d’atteindre prochainement 8 %.
Cette progression ne concerne pas uniquement le volume des financements ou le nombre de clients. Elle se traduit également par une diversification des prestations proposées, allant des comptes d’épargne aux différentes formules de financement, en passant par les moyens de paiement et les services associés aux comptes islamiques.
À ce sujet, Mezari souligne que certaines banques proposent désormais des cartes internationales Visa associées aux comptes islamiques. Les délais de délivrance varient toutefois d’un établissement à l’autre : ils peuvent atteindre 48 heures dans certaines banques, contre environ 17 jours dans d’autres.
Particuliers, professionnels et PME : les principaux clients de la finance islamique
Les particuliers, les professionnels et les petites et moyennes entreprises (PME) constituent les principales catégories de clients de la finance islamique en Algérie, devant les grandes entreprises.
Les produits disponibles couvrent différents besoins financiers, notamment l’acquisition de logements et de véhicules, mais aussi le financement des activités professionnelles et des projets d’investissement économique.
Les PME occupent une place particulière dans ce marché. La diversification des solutions de financement pourrait leur offrir davantage de possibilités pour développer leurs activités, en tenant compte de leurs besoins et de leurs capacités financières.
L’expert rappelle également que les produits islamiques proposés sur le marché algérien, que ce soit par les banques ou leurs guichets spécialisés, sont soumis à l’approbation de l’Instance nationale de l’iftâa pour l’industrie financière islamique, afin de garantir leur conformité aux règles religieuses en vigueur.
En revanche, les financements destinés aux grandes entreprises peuvent représenter des montants plus importants, même si le nombre de clients et d’opérations est relativement moins élevé que dans les segments des particuliers, des professionnels et des PME.
La finance islamique peut-elle dépasser les banques conventionnelles ?
Malgré sa croissance rapide, la finance islamique ne devrait pas nécessairement prendre la place du système bancaire traditionnel.
Sofiane Mezari estime plutôt que les deux modèles sont appelés à coexister et à se compléter, en proposant des solutions adaptées aux besoins et aux attentes de différentes catégories de clients.
Pour illustrer cette évolution, il cite notamment l’expérience de la Malaisie, qui dispose de plusieurs décennies d’expertise dans le domaine de la finance islamique. Le développement de ce secteur n’y a pas entraîné la disparition des banques conventionnelles, mais a contribué à diversifier l’offre financière.
L’expert souligne par ailleurs que les produits islamiques ne séduisent pas uniquement les clients musulmans. Dans plusieurs pays, ils attirent également des personnes d’autres confessions, notamment en raison des caractéristiques contractuelles et des services proposés.
L’intérêt pour ces solutions ne repose donc pas exclusivement sur des considérations religieuses, mais aussi sur la transparence des engagements financiers et les modalités de remboursement définies dès la conclusion du contrat.
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Quand les nouvelles mesures entreront-elles en vigueur ?
Les dispositions fiscales proposées dans le cadre du projet de loi de finances 2027 devraient contribuer à améliorer les conditions d’accès aux financements islamiques, en particulier dans le domaine immobilier.
D’après les déclarations rapportées par Echorouk, les effets de ces mesures sont attendus dans un délai d’environ 60 jours. Toutefois, leur entrée en application reste conditionnée à l’achèvement du processus législatif, à l’adoption définitive du texte et à sa publication conformément aux procédures réglementaires en vigueur.
Le 3 novembre 2026, l’Assemblée populaire nationale a repris l’examen du projet de loi de finances 2027. Le vote du texte est prévu pour le 16 novembre, selon les informations rapportées par l’Agence de presse algérienne.
À travers ces changements, l’Algérie entend renforcer la compétitivité de la finance islamique en s’attaquant à l’un des principaux obstacles qui pesaient sur ses coûts. Une évolution qui pourrait élargir les possibilités de financement offertes aux particuliers, aux professionnels et aux entreprises, tout en renforçant la diversification du paysage bancaire national.





























