Le lait subventionné, destiné à répondre aux besoins quotidiens des ménages algériens, se retrouve au cœur d’une affaire judiciaire aux ramifications commerciales et sanitaires préoccupantes. À El Harrach, la justice s’apprête à examiner un dossier de spéculation présumée impliquant plusieurs intervenants dans un circuit parallèle d’approvisionnement, de transport et de transformation de cette denrée de large consommation.
Selon les éléments de l’enquête rapportés par le quotidien Echorouk, les investigations menées par les services de la Gendarmerie nationale ont permis de mettre au jour un mécanisme présumé de détournement de quantités importantes de lait pasteurisé subventionné. Le produit, initialement destiné à la consommation des ménages, aurait été récupéré auprès d’un distributeur, acheminé vers un atelier non autorisé, puis transformé en lait fermenté avant d’être écoulé auprès de commerçants.
Trois personnes sont poursuivies dans cette affaire, chacune ayant occupé un rôle présumé dans cette chaîne. Leur comparution devant la juridiction compétente devrait permettre d’examiner les circonstances de ces opérations et les responsabilités individuelles.
Sauce algérienne, origine et histoire d’une recette mentionnée en 1876
Une transformation clandestine du lait subventionné en produit commercial
L’affaire remonte au 20 mai 2026, lorsque la brigade de recherches de la Gendarmerie nationale de la Ramdhania a reçu un signalement concernant un groupe soupçonné de détourner du lait subventionné pour l’utiliser dans la fabrication de lait fermenté.
Les premières investigations ont conduit les enquêteurs à s’intéresser à deux hommes résidant dans la commune des Eucalyptus. Les opérations de perquisition ont notamment permis de découvrir des quantités importantes de lait en sachet, ainsi que des équipements destinés à sa transformation.
Au total, les éléments saisis comprenaient environ 120 caisses de lait, représentant près de 1 250 sachets, ainsi que 2 300 litres de raïb destinés au processus de fermentation. Trois machines utilisées pour le traitement du lait ont également été placées sous scellés judiciaires.
Une camionnette de marque DFSK a par ailleurs été saisie dans le cadre de l’enquête. Selon les informations rapportées, le véhicule aurait servi au transport des quantités de lait destinées à l’atelier concerné.
Les enquêteurs ont également relevé que l’activité était exercée sans les documents administratifs nécessaires, notamment le registre du commerce, l’agrément sanitaire et l’autorisation d’exploitation d’une installation classée.
Jusqu’à 120 caisses de lait acheminées vers l’atelier
Au cours de son audition, le principal suspect aurait reconnu exercer cette activité depuis environ sept mois. Il aurait expliqué s’approvisionner en lait pasteurisé subventionné auprès d’un distributeur lié à la laiterie COLAITAL, relevant du groupe public GIPLAIT.
D’après ses déclarations rapportées dans le dossier, les commandes pouvaient atteindre entre 50 et 120 caisses par jour, chaque caisse contenant dix sachets d’un litre. Le prix d’achat déclaré était de 28 dinars par sachet.
Le transport était assuré par un deuxième mis en cause, propriétaire d’une camionnette ne disposant pas d’un système de réfrigération adapté. Ce dernier aurait été chargé de récupérer les marchandises et de les acheminer jusqu’au local commercial utilisé pour la transformation.
Le procédé décrit par le suspect consistait à ouvrir les sachets de lait, à verser leur contenu dans des récipients en plastique, puis à laisser le mélange fermenter pendant une période pouvant atteindre deux jours. Le produit était ensuite passé dans une machine destinée à obtenir du lait fermenté.
La marchandise ainsi préparée était commercialisée en gros, notamment auprès de commerçants de la région de Meftah, sous l’appellation de lait de vache.
Selon les déclarations consignées dans l’enquête, des contenants de 30 litres étaient proposés à 1 250 dinars. Le principal suspect aurait également évalué son capital de départ à environ 200 000 dinars, pour un bénéfice hebdomadaire estimé à 10 000 dinars.
Le rôle du distributeur au centre des investigations
Les investigations ne se sont pas limitées aux personnes chargées de la transformation et du transport. Les enquêteurs ont progressivement remonté la chaîne d’approvisionnement afin d’identifier l’origine des quantités de lait retrouvées dans l’atelier.
Le troisième mis en cause est un distributeur officiel de lait subventionné, présenté dans le dossier comme l’un des principaux fournisseurs présumés du circuit.
Lors de son audition, celui-ci aurait affirmé exercer légalement son activité et acheter quotidiennement le lait auprès de COLAITAL, à Birkhadem, au prix de 21 dinars le sachet. Il aurait déclaré le revendre à différents commerces au prix de 23 dinars, soit une marge de deux dinars par unité.
Il aurait toutefois contesté ses relations commerciales avec le propriétaire de l’atelier clandestin, affirmant ne connaître que le transporteur.
Les enquêteurs auraient confronté ses déclarations aux données téléphoniques recueillies dans le cadre de l’investigation. Le dossier fait état de 148 communications entre le distributeur et le propriétaire de l’atelier, ainsi que de 451 autres échanges avec le transporteur.
Ces éléments constituent une partie importante des investigations destinées à déterminer les liens entre les différents intervenants et les modalités réelles de l’approvisionnement.
Des conditions sanitaires préoccupantes dans l’atelier
Au-delà de la question du détournement d’un produit subventionné, cette affaire soulève un autre enjeu majeur : la sécurité alimentaire.
Lors d’une inspection effectuée en présence des représentants des services du commerce et d’un vétérinaire principal assermenté relevant des services agricoles, les enquêteurs auraient constaté plusieurs irrégularités dans le local utilisé pour la transformation du lait.
Selon les constatations rapportées, l’installation ne répondait pas aux exigences élémentaires d’hygiène. L’absence d’agrément sanitaire, le non-respect de la chaîne du froid et le défaut d’autorisations réglementaires figuraient parmi les principales anomalies relevées.
Le transport du lait dans un véhicule dépourvu d’équipements frigorifiques adaptés constitue également un élément central du dossier, compte tenu du caractère rapidement périssable de cette denrée.
Ces manquements présumés soulèvent des interrogations sur les conditions dans lesquelles le produit était préparé, conservé et commercialisé. Ils mettent également en évidence les risques potentiels auxquels les consommateurs auraient pu être exposés.
Algérie 2030 — vision et défis
Plusieurs infractions examinées par le tribunal d’El Harrach
Les trois prévenus doivent comparaître devant le tribunal correctionnel d’El Harrach, le mardi 3 novembre 2026. Les poursuites portent sur plusieurs infractions présumées, notamment la spéculation illicite sur le lait subventionné et le détournement de cette denrée de sa destination initiale.
Le dossier comprend également des accusations liées à la réalisation de transactions commerciales en dehors des circuits légaux de distribution, au transport de produits alimentaires périssables dans des véhicules non équipés pour la réfrigération et à l’absence d’agrément sanitaire.
Les mis en cause sont aussi poursuivis pour des faits présumés de pratiques commerciales déloyales, de non-respect des conditions de stockage et de conservation des produits alimentaires, d’exploitation d’une installation classée sans autorisation et d’exercice d’une activité commerciale sans inscription au registre du commerce.
L’audience devrait ainsi permettre d’examiner les éléments matériels recueillis durant l’enquête, les déclarations des personnes poursuivies et les liens présumés entre les différents acteurs du circuit.
Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire remet en lumière les enjeux liés au contrôle de la distribution des produits alimentaires subventionnés en Algérie. Destiné à préserver le pouvoir d’achat des ménages, le lait en sachet fait partie des produits de première nécessité dont la disponibilité et le respect du circuit de commercialisation constituent des préoccupations importantes.
La décision de justice permettra de déterminer les responsabilités dans cette affaire et de préciser les suites judiciaires réservées aux faits examinés. Dans l’attente du verdict, les personnes poursuivies bénéficient de la présomption d’innocence.





























