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Allocation touristique de 750 € en Algérie : comment en bénéficier ?

Allocation touristique de 750 € en Algérie : comment en bénéficier ?

Chaque été, la même question revient sur les réseaux sociaux algériens : « j'ai droit à combien pour mon voyage, et comment je fais pour l'avoir ? » Depuis juillet 2025, la réponse tient en un chiffre : 750 euros par adulte. Mais depuis le 12 juillet 2026, une décision du Conseil des ministres vient de rebattre les cartes sur la façon dont cet argent sera concrètement remis aux voyageurs. Voici tout ce qu'il faut savoir, étape par étape, avant de se présenter en agence bancaire.

Qu'est-ce que l'allocation touristique exactement ?

L'allocation touristique, aussi appelée droit de change, est le montant maximal de devises étrangères qu'un citoyen algérien résident peut obtenir au taux de change officiel pour financer un voyage à l'étranger. Pendant près de trente ans, de 1997 à 2025, ce montant est resté figé à 15 000 dinars, soit à peine une centaine d'euros — un montant devenu totalement décalé par rapport au coût réel d'un séjour à l'étranger.

Tout a changé le 20 juillet 2025, date d'entrée en vigueur de la décision du président Abdelmadjid Tebboune de porter l'allocation touristique à 750 euros par adulte. Un bond considérable, pensé pour rapprocher enfin ce droit de change des besoins réels des familles algériennes qui voyagent.

Qui a droit à l'allocation touristique de 750 € ?

Pour bénéficier de l'allocation, plusieurs conditions doivent être réunies :

Les bénéficiaires concernés

  • Tout citoyen algérien résident en Algérie
  • 750 € pour les adultes de 19 ans révolus
  • 300 € pour les enfants de plus de 12 ans, dans la limite de deux enfants par famille
  • L'allocation est strictement personnelle : elle ne peut ni être cédée à un tiers, ni cumulée d'une année sur l'autre si elle n'a pas été utilisée

La durée minimale de séjour

Le voyage à l'étranger doit obligatoirement durer au moins sept jours. Cette condition, souvent méconnue, a justement été au cœur des principales fraudes constatées ces derniers mois, comme on le verra plus loin.

L'année de référence : le piège que tout le monde ignore

C'est sans doute le point le plus mal compris par les voyageurs. L'allocation touristique n'est pas accordée par année civile (du 1er janvier au 31 décembre) mais par année de référence, qui court du 21 juillet d'une année au 20 juillet de l'année suivante. Concrètement, une personne ayant perçu son allocation en janvier ne pourra en redemander une nouvelle qu'à partir du 21 juillet suivant, et non le 1er janvier d'après. Beaucoup de voyageurs se sont vu refuser une seconde demande en pensant, à tort, que le compteur repartait à zéro chaque nouvelle année civile.

Quels documents et quelle procédure pour obtenir les 750 € ?

Avant la réforme du 12 juillet 2026, la procédure se déroulait classiquement en deux temps.

Étape 1 : la réservation des fonds

Le demandeur doit se présenter dans une banque agréée (publique ou privée) ou dans une succursale de la Banque d'Algérie, au minimum trois jours ouvrés avant la date du départ. Il doit alors :

  • Présenter son passeport original
  • Justifier de ses revenus
  • Détenir un compte bancaire ouvert dans l'établissement sollicité
  • Régler la contre-valeur en dinars du montant souhaité, commissions comprises, exclusivement par un moyen de paiement scriptural (le paiement en espèces n'est plus accepté depuis décembre 2025)

Étape 2 : le retrait de la devise

Le retrait effectif des euros se faisait ensuite au moment du départ, aux guichets de change situés dans les postes-frontières (aéroports, ports).

Le tournant du 12 juillet 2026 : la fin du cash

C'est la grande nouveauté de la semaine. Réuni le dimanche 12 juillet 2026 sous la présidence d'Abdelmadjid Tebboune, le Conseil des ministres a décidé que l'allocation touristique de 750 € — ainsi que celle de 300 € pour les mineurs — sera désormais versée, à titre provisoire, par carte bancaire et non plus en espèces.

La Présidence justifie cette décision par l'existence de « graves dépassements » ayant entraîné une importante sortie de devises sans que les bénéficiaires légitimes n'en profitent réellement. L'objectif affiché est clair : écarter les intermédiaires et certaines agences de voyages qui exploitaient indûment ce dispositif au détriment des citoyens.

Ce que ça change concrètement pour les voyageurs

Sur le papier, la mesure vise à sécuriser l'allocation. Dans les faits, elle conditionne désormais l'accès aux 750 € à la détention d'une carte bancaire internationale, un produit qui reste hors de portée d'une partie des Algériens. Pour l'obtenir, il faut généralement :

  1. Ouvrir un compte en dinars
  2. Ouvrir un compte en devises, alimenté en euros ou en dollars
  3. Souscrire à la carte elle-même, avec ses frais et son délai de délivrance

À titre d'exemple, la carte Visa Classic du CPA coûte environ 6 000 dinars par an et n'est délivrée qu'après une quinzaine de jours, tandis que la Visa BDL est facturée 4 000 dinars hors taxes pour deux ans, avec une commission de plus de 3 % sur chaque transaction convertie. Autrement dit, pour toucher les 750 € que l'État accorde, il faudra d'abord prouver que l'on dispose déjà de devises pour alimenter le compte adéquat — un paradoxe qui inquiète de nombreux futurs voyageurs, notamment les étudiants et les salariés payés par CCP.

Les textes d'application détaillant précisément les nouvelles modalités n'ont pas encore été publiés à ce jour. Cet article sera mis à jour dès leur parution.

Pourquoi un tel durcissement ? L'ampleur de la fraude

Cette réforme ne sort pas de nulle part. Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle allocation en juillet 2025, les autorités ont constaté un détournement massif du dispositif.

Le mécanisme le plus répandu impliquait certaines agences de voyages, qui recrutaient des personnes sans ressources — souvent des chômeurs — pour effectuer des allers-retours organisés vers la Tunisie. Le procédé : transporter légalement les voyageurs, faire tamponner leur passeport à la frontière, les faire séjourner quelques jours dans des conditions minimalistes, puis les faire revenir en Algérie par des points de passage non surveillés, avant de récupérer l'allocation perçue. Le ministre de l'Intérieur Saïd Sayoud a évoqué jusqu'à 5 000 bus mobilisés vers la Tunisie entre novembre et décembre 2025, alors que ce n'est pourtant pas une période de déplacement habituelle.

Le calcul est vite fait : au taux de change officiel (environ 150 dinars pour un euro), contre plus de 280 dinars au marché noir, les 750 euros détournés généraient jusqu'à 91 500 dinars de bénéfice par opération — près de cinq fois le salaire minimum algérien. Le ministère a fait état de 100 000 cas de fraude constatés en seulement un mois et demi.

Face à cette situation, la Banque d'Algérie avait déjà renforcé les règles en décembre 2025 : obligation de détenir un compte bancaire, interdiction du paiement en espèces, contrôles renforcés sur l'identité des demandeurs. La bascule vers la carte bancaire, décidée le 12 juillet 2026, constitue une étape supplémentaire dans cette même logique.

Questions fréquentes sur l'allocation touristique

Puis-je cumuler mon allocation si je ne voyage pas cette année ? Non. L'allocation non utilisée ne se reporte pas sur l'année de référence suivante.

Une agence de voyage peut-elle faire la demande à ma place ? Non. Depuis les nouvelles règles, seul le bénéficiaire ou un membre de sa famille autorisé peut effectuer les démarches, ce qui exclut toute intervention d'agences.

Que se passe-t-il si mon voyage dure moins de 7 jours ? La condition de séjour minimal de sept jours à l'étranger n'est alors pas remplie, ce qui expose à un refus ou à des sanctions en cas d'usage détourné de l'allocation.

L'allocation peut-elle être utilisée pour autre chose qu'un voyage ? Non, son utilisation à d'autres fins que le financement du séjour à l'étranger du bénéficiaire est passible de sanctions.

L'allocation touristique de 750 € reste un droit maintenu pour tous les voyageurs algériens, mais son accès entre dans une phase plus encadrée. Entre l'année de référence à respecter, le séjour minimal de sept jours, et désormais la nécessité de disposer d'une carte bancaire, mieux vaut anticiper ses démarches largement avant la date du départ plutôt que de les improviser à la dernière minute.

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