Ahmed Kerrouche:

”On se rend compte de la justesse de l’approche algérienne vis-à-vis de la crise syrienne”

”On se rend compte de la justesse de l’approche algérienne vis-à-vis de la crise syrienne”

L’ex-émissaire onusien pour la paix, le lieutenant colonel à la retraire, Ahmed Kerrouche a affirmé dans cet entretien qu’il nous a accordé la justesse de l’approche algérienne vis-à-vis de la crise syrienne qui a secoué le pays depuis 2011, qualifiant la réouverture successive de différentes ambassades arabes à Damas d’une sorte de “pèlerinage arabe”.

Echorouk: El Bachir rencontre Al Assad, le chef des services secrets syriens rencontre son homologue égyptien et les Emirats arabes unis (EAU) et le Bahreïn rouvrent leurs ambassades à Damas. Qu’est-ce que cela signifie pour vous?

Ahmed Kerrouche: Oui, la saison du pèlerinage vers Damas a commencé. Elle est accompagnée de la levée du blocus imposé injustement au peuple syrien depuis huit ans. Si seulement le blocus était limité aux plans économique et politique, mais hélas ! il s’est étendu au point où les dirigeants arabes ont adopté des agendas sionistes et occidentaux en faisant venir en Syrie des terroristes de partout, approvisionnés, entraînés qui ont bénéficié d’une couverture à la fois médiatique et politique.

Pis encore, ils ont gelé l’adhésion de la Syrie à la Ligue arabe et pris une décision d’armer l’opposition. La Ligue arabe sous la présidence du Qatar avait même accordé le siège de la Syrie au sein de l’institution panarabe à l’opposition syrienne et lui a ouvert une ambassade à Doha.

Aujourd’hui, l’on voit le président soudanais Omar El Bachir rend visite à son homologue syrien, premier dirigeant arabe qui visite la Syrie après la crise. Politiquement, El Bachir est l’allié du Qatar, de la Turquie et des Frères musulmans en général, et militairement il s’est rangé aux côtés de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis dont ses troupes combattent les Houthis aux Yémen aux côtés de l’alliance arabe pilotée par Riyadh. En outre, le chef des services secrets syriens rencontre au Caire son homologue égyptien, Abbas Kamel, et ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’ils se rencontrent à ma connaissance.

Les choses ont changé à présent, et l’armée régulière syrienne a repris le contrôle et les ambassades arabes rouvrent leur porte successivement. Il ne serait pas écarté de voir des pays occidentaux leur emboîter le pas.

Peut-on dire que l’embargo est définitivement levé en Syrie?

Je pense que l’embargo est levé contre la Syrie et le peuple syrien.

Comment le régime syrien a-t-il pu résister et tenir le coup contrairement aux autres régimes, notamment en Tunisie, en Libye et en Égypte?

Si la Syrie a réussi à faire face au terrorisme et aux différents complots, c’est tout simplement grâce à la résistance de son peuple qui ne cède et n’abdique jamais, et grâce aussi à son armée héroïque qui donne des leçons d’un dévouement et de sacrifices inégalés pour l’indépendance et la liberté du pays.

Sans oublier, bien entendu, les dirigeants syriens qui ont su comment déjouer les conspirations concoctées à leur encontre tout en s’appuyant sur l’aide de leurs alliés internationaux et régionaux qui ne les ont pas lâchés.

Pourquoi la Ligue arabe a-t-elle supprimé l’adhésion de la Syrie mais pas l’ONU ? Pourquoi l’opposition n’a-t-elle pas pu se substituer au régime syrien, comme ce fut le cas lors du sommet de Doha en 2013 ?

Le monde arabe et le monde entier parlent d’un retour par la grande porte de la Syrie au sein de la Ligue arabe. Le prochain sommet se tiendra, comme vous le savez, en Tunisie, et la Tunisie de 2019 ce n’est plus celle de 2011 ou 2012. D’ailleurs, ce même pays avait abrité en 2012 le Congrès des amis de la Syrie au cours duquel il a été planifié de mettre à bas le régime syrien.

La Tunisie d’aujourd’hui, sous la conduite de Caïd Essebsi, a beaucoup changé, rappelons à ce propos que de dernier avait promis dans ce programme de relancer les relations diplomatiques avec Damas, mais sans y parvenir en raison d’une résistance interne de la part du parti Ennahda et d’autres parties extérieures.

Il y a deux jours, un avion syrien a atterri à l’aéroport de Monastir, ce qui est une première depuis six ans.

L’Algérie est l’un des rares pays arabes à maintenir ses relations diplomatiques avec la Syrie. Comment évaluez-vous donc l’approche algérienne vis-à-vis de la crise syrienne, surtout en ces temps où l’on assiste au retour des pays arabes en Syrie ?

Effectivement, l’Algérie n’a jamais rompu ses relations avec la Syrie ni politiquement ni économiquement. Il n’est secret pour personne que les autorités algériennes plaident inlassablement en faveur de la non-ingérence dans les affaires internes des pays. Les visites politiques ont été maintenues entre les deux Etats, voire même au niveau des ministres des Affaires étrangères.

On se rend compte, à présent, de la justesse de l’approche algérienne qui est restée inaliénable et inchangé en dépit des pressions tant au sein de la Ligue qu’en dehors de l’Instance panarabe.

L’Algérie a toujours plaidé pour le retour de Damas dans les rangs de la Ligue arabe.

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