Relations algéro-saoudiennes : Que vient faire Mohammed Ben Salmane à Alger ?

Relations algéro-saoudiennes : Que vient faire Mohammed Ben Salmane à Alger ?

Le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salmane (MBS), a entamé jeudi sa première grande tournée dans le monde arabe. Et il a consacré la première étape de cette tournée aux Emirats arabes unis, l’un de ses plus proches alliés dans la région.

Un communiqué du cabinet royal a précisé que MBS se rendra, sur «instruction» de son père, le roi Salmane, dans pas moins de «six pays arabes frères», parmi lesquels l’Algérie. «Le roi est soucieux de renforcer les relations du royaume aux niveaux régional et international et de poursuivre la coopération et les contacts avec les pays frères dans l’ensemble des domaines», précise la même source. Après Abu Dhabi, le prince héritier saoudien est attendu mardi en Tunisie et début décembre en Algérie. En revanche, il ne se rendra pas au Maroc.

La raison ? Il y a un coup de froid entre Rabat et Riyad. Il s’expliquerait notamment par les divergences de vues que les deux capitales ont sur le dossier qatari. A l’été 2017, Riyad, qui accuse Doha de soutenir le terrorisme (entendre les Frères musulmans) et de garder des relations avec l’Iran, avait convaincu l’Egypte, les Emirats arabes unis et Bahreïn de se joindre à sa stratégie d’isolement du Qatar. Ce qui fut fait. Plutôt que de suivre le mouvement, Mohammed VI a au contraire multiplié les voyages à Doha. Et cela a été perçu à Riyad comme un acte de défiance et d’ingratitude, surtout que les Al Saouds aident beaucoup le Maroc à payer ses factures d’armement.

A l’inverse, Mohammed Ben Salmane devrait être accueilli à bras ouverts en Algérie, surtout qu’il développe un discours sur l’islamisme qui est en rupture avec celui des prédécesseurs de son père, le roi Salmane. L’Algérie a beaucoup souffert du soutien financier et idéologique apporté depuis la fin des années 1970 par l’Arabie Saoudite aux islamistes extrémistes algériens. Mohammed Ben Salmane pourrait être donc ce responsable qui convaincra les responsables algériens de regarder l’Arabie Saoudite avec un peu moins de méfiance.

Au plan économique, les relations entre les deux pays ne sont pas très importantes. Il y a néanmoins une grande volonté de la part des responsables algériens de les développer et d’attirer des capitaux saoudiens. Le 9 juillet dernier, s’était d’ailleurs tenue à Riyad une journée de promotion des investissements en Algérie, organisée par l’Autorité générale de l’investissement saoudienne (Sagia) et l’Agence nationale de développement de l’investissement algérienne (ANDI). A l’occasion, l’Algérie et l’Arabie Saoudite avaient affiché l’ambition de porter le volume de leurs échanges et celui des investissements à près de 15 milliards de dollars au cours des dix prochaines années. Une ambition assortie d’une «volonté d’améliorer le climat des affaires de part et d’autre».

Dans le cadre justement de la promotion et de l’intensification de la coopération économique entre les deux pays, Abdelkader Kacimi El Hassani, le consul général d’Algérie en Arabie Saoudite, avait en outre annoncé, le 28 octobre dernier à Riyad, devant un parterre d’entrepreneurs et d’investisseurs saoudiens, que ses services allaient accorder à ces derniers une batterie d’avantages, dont la possibilité d’obtenir en 24 heures un visa longue durée. Pour leur part, les opérateurs privés algériens ambitionnent également de placer leurs produits sur le marché saoudien. La visite de MBS à Alger pourrait être l’occasion idéale pour accélérer cette dynamique de rapprochement.

Mohammed Ben Salmane entame, signale-t-on, sa tournée en plein milieu de la tempête médiatique suscitée par l’affaire du journaliste saoudien Jamal Khashoggi exécuté le 2 octobre à Istanbul sur ordre de Riyad. Son meurtre a terni l’image du royaume, notamment du prince héritier, accusé d’avoir donné l’ordre de tuer le journaliste. Selon des médias américains, la CIA n’a en tout cas pas de doutes sur la responsabilité de Mohammed Ben Salmane dans ce meurtre effroyable. Malgré cela, le président Donald Trump a réaffirmé la semaine dernière son soutien aux dirigeants du royaume, indiquant que son administration ne se risquera jamais à mettre en péril les relations américano-saoudiennes. C’est exactement la même position que les pays arabes adoptent vis-à-vis de l’affaire Khashoggi.

Lire depuis El watan

Quel est votre commentaire

Click me to scroll